À bien des égards le feuilleton entre le chasseur Lockheed-Martin F-35A Lightning II et la Turquie nous tient en haleine depuis presque huit ans maintenant. Et le dernier épisode en date ne va pas déroger à la règle : le suspens est hitchcockien ! Car si Donald Trump semble accepter que les Turcs réintègrent totalement le programme JSF comme il l’avait laissé sous-entendre en mars dernier ce sont les Israéliens qui désormais s’y opposent formellement. Or Heyl Ha’Avir est un des clients phares de l’avion furtif américain, sous sa version F-35I Adir.
Pour mémoire c’est en mai 2018 que le ciel s’est assombri pour le F-35A en Turquie, malgré la présentation le mois suivant du premier exemplaire qui lui était dédié. Un avion qui n’arriva jamais sur place ! En juillet 2019 Donald Trump décida d’exclure la Turquie du programme JSF en raison de son rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine, via l’acquisition de batteries anti-aériennes S-400. En février 2021 Joe Biden, qui avait entre temps succédé à l’actuel président américain, confirma la sentence. Les relations américano-turques étaient alors au plus mal. Républicains comme Démocrates n’en démordaient pas Ankara avait franchi une ligne rouge.
Quand un an plus tard la Russie du même Vladimir Poutine attaqua et envahit partiellement l’Ukraine la Turquie fit volte-face et prit fait et cause pour les Ukrainiens, fournissant notamment en masse des drones Baykar Bayraktar TB.2. Des efforts qui permirent de déboucher sur un accord à minima entre Américains et Turcs autour d’un possible contrat, sans pour autant réintégrer le programme Joint Strike Fighter. Quand Joe Biden quitta la Maison-Blanche l’an dernier l’accord en était là. L’Amérique acceptait la Turquie comme cliente du F-35 mais pas plus ! Sauf que depuis la Turquie s’est orientée vers le consortium Eurofighter. Un contrat que la presse turque a présenté à juste titre comme un pis-aller : un chasseur de génération 4.5 plutôt que de génération 5 !
Le mois dernier Donald Trump a laissé sous-entendre qu’Ankara pourrait être autorisé à commander entre trente et quarante F-35A Lightning II, et que Lockheed-Martin autoriserait l’avionneur turc TAI à en assembler une partie localement. Il allait donc un peu plus loin que son successeur prédécesseur Joe Biden en réintégrant partiellement la Turquie au programme JSF. À priori comme aurait pu dire Candide tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que l’on ne vit pas dans celui-ci. Car si les Américains et les Turcs avaient trouvé un accord assez gagnant pour tout le monde cela ne faisait pas que des heureux.
De l’autre côté de la Méditerranée orientale ce rapprochement autour du Lockheed-Martin F-35A Lightning II ne plait pas du tout à Bibi… Nethanyaou. Le premier ministre israélien voit clairement d’un mauvais œil que la Turquie se dote de l’avion furtif, et ce même si les relations entre Ankara et Jérusalem ne sont pas aussi catastrophiques aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a encore trois ou quatre ans. Gageons que la tentative de véto sur le F-35 ne va tout de même pas les arranger. Et à Washington DC on prend la grogne israélienne très au sérieux, d’autant que le même Nethanyaou a déclaré récemment qu’il comptait bien que son pays soit moins dépendant des industries de défenses américaines d’ici 2035. Rappelons que depuis le milieu des années 1960 l’état hébreu est le client privilégié des armuriers, avionneurs, et hélicoptéristes américains.
Vous l’aurez compris le feuilleton turc du F-35A Lightning II est tout sauf terminé. Et il ressemble toujours autant à un sac de nœuds. Et pour une fois Donald Trump n’en est pas forcément la cause.
Affaire (évidemment) à suivre.
Photo © US Air Force
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6 réponses
Si problème il y a, les États-Unis pourront toujours clouer au sol les F-35 turcs à distance contrairement aux F-35 israéliens qui sont les seuls F-35 étrangers à être vraiment « libre ».
Je ne sais pas si on continue à parler de F35 modifiés qui n’embarqueraient aucun composant israélien. Mais il y a aussi des doutes sur la fiabilité turque, qui fréquente militairement de proches alliés de la Russie et la de la Chine. Il y a la présence de plus en plus forte de la Chine en Turquie qui fait partie de la nouvelle Route de la Soie.
Bonjour à tous et toutes,
Il n’y a pas de bouton qui collerait les F-35 européens au sol, le seul souci est l’à non mises à jour des logiciels dont Israël, c’est affranchi.
N’oublions pas que bien des pièces dont la production en sources unique est européenne et il faudrait plusieurs années aux USA pour se les réapproprier notamment les réacteurs de sustentation du F-35 à décollage vertical dont une partie est fabriquée par RR en Europe et non dans la maison sœur US.
Il n’y a effectivement pas de « kill switch », mais il la programmation de vol ne peut être effectuée que si l’appareil est connecté aux USA. Sans l’enregistrement du plan de vol, des cibles, etc, l’avion sera quand même beaucoup, beaucoup moins efficace.
Un peu hors sujet.
Vues les actualités au pôle Nord, y aura-t-il de F-35 (danois, hollandais ou UK) pour y faire de la police du ciel?
Cela fera peut-être réfléchir l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne ou la Belgique?
Un article est en préparation sur le sujet. Je pense James qu’il répondra en partie à tes interrogations.