Du 19 au 29 octobre 2026, les États-Unis et le Japon organisent Keen Sword 27, un vaste exercice militaire qui nous donne à voir une impressionnante variété d’aéronefs au Japon. Au-delà des belles photos de ces machines, cet exercice nous montre surtout à quel point la préparation au combat de haute intensité est prise au sérieux dans cette région du Pacifique !
Les têtes pensantes de cet exercice semblent s’être gratté la tête autour de la question suivante : comment les forces alliées peuvent-elles continuer à combattre lorsque les bases aériennes sont menacées, que les infrastructures sont endommagées et que les opérations doivent être menées conjointement par plusieurs pays ?
Pour répondre à ces questions, ou du moins prouver qu’elles seront en mesure d’y répondre, cette édition mobilise environ 45 000 militaires japonais et 11 000 Américains, auxquels s’ajoutent des personnels de sept pays partenaires que sont l’Australie, le Canada, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et les Philippines.
Avant de se lancer dans le fond du sujet, laissez-moi revenir sur le fait que le premier exercice du genre fut historiquement lancé en 1985 et que le programme conjoint nippo-étatsunien alterne les manœuvres de terrain Keen Sword et les exercices de poste de commandement Keen Edge. Baptisée Keen Sword 27, l’édition qui s’achève cette semaine constitue ainsi la 18e édition de terrain de cette série. Et pour répondre à la question qui doit déjà vous interpeller, son appellation « 27 » renvoie à l’année fiscale américaine 2027 plutôt qu’à son numéro d’ordre.
380 aéronefs réunis pour se préparer à un affrontement
Ainsi introduit, passons à ce qui nous anime sur Avions Légendaires… les avions ! Et parmi les appareils les plus remarqués figurent bien sûr les chasseurs furtifs F-22 Raptor de l’US Air Force, mis en œuvre par le 525th Expeditionary Fighter Squadron, habituellement stationné en Alaska. Alors qu’il y a encore quelques années, leur déplacement en dehors des États-Unis était plutôt rare, l’affirmer aujourd’hui serait moins juste, car ils tendent à participer à davantage de déploiements internationaux lors d’exercices conjoints avec différents alliés. Cependant, leur présence prouve tout de même la capacité de mise en œuvre de la doctrine Agile Combat Employment qui, en bon français, signifie l’emploi agile des forces aériennes. Car déplacer depuis l’Alaska une partie du matériel, des hommes et des chasseurs de cette unité est loin d’être anecdotique. Dans le Pacifique, où les distances sont considérables et où les aérodromes pourraient être visés dès les premières heures d’un conflit, cette capacité nécessite un soutien logistique d’ampleur, trop souvent oublié ! Et pour assurer ce soutien logistique, l’US Air Force a pu compter sur plusieurs avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker et C-130J Super Hercules de transport tactique. J’avoue que j’ai failli passé à côté du déploiement du bon et loyaux F-16C Falcon également présents et mise en œuvre par le 35th Figther Wing depuis les installations japonaises de Hachinohe.
Mais l’Air Force n’avait pas le monopole des moyens aériens, car l’US Navy, dont les bâtiments de guerre étaient bien présents, déploya notamment le porte-avions USS Theodore Roosevelt (CVN-71), dont le Carrier Air Wing 11 (CVW-11) participa aux manœuvres aériennes avec des F/A-18E/F Super Hornet et des F-35C Lightning II ! Mais aussi des avions de guet aérien E-2D Advanced Hawkeye. Les marins du ciel apportaient donc autant d’appareils aux rôles complémentaires, capables de coopérer au quotidien. Les Marines étaient également de la partie avec des F-35B Lightning II du VMFA-121. Contrairement aux F-35C de l’US Navy, cette version à décollage court et atterrissage vertical est destinée à opérer depuis des bâtiments amphibies et en théorie depuis des terrains sommairement aménagés.
La force aérienne japonaise engagea de son côté des F-15J Eagle, des F-2 et des F-35A Lightning II. Mais les Japonais mirent également en l’air des avions de transport Kawasaki C-2 et des avions ravitailleurs KC-767. Ici aussi, le soutien logistique dut être en mesure d’accompagner le déploiement des chasseurs nippons et alliés afin de maintenir un rythme opérationnel élevé. Encore plus « exotique » pour nous autres Européens, fut également présent l’hydravion quadrimoteur turbopropulsé ShinMaywa US-2 ! Son rôle est celui d’un avion de recherche et de sauvetage (SAR), notamment capable de récupérer des pilotes s’étant éjectés au-dessus des eaux du Pacifique.
Mais il n’y avait pas que les voilures fixes ! Les hélicoptères et les appareils à rotors basculants étaient eux aussi de la partie. Du côté américain, les Marines engagèrent notamment des CH-53E Super Stallion, de lourds hélicoptères de transport capables d’acheminer hommes et matériel vers des zones difficiles d’accès, ainsi que des MV-22 Osprey, cet appareil à rotors basculants qui connu ces dernières heures un incident technique dont les causes sont pour l’instant encore inconnues.. Les forces japonaises alignèrent, elles aussi, plusieurs types de voilures tournantes dont des OH-1 Ninja de reconnaissance, des AH-64 Apache d’attaque, des CH-47 Chinook de transport lourd, des HH-60 de recherche et de sauvetage. De quoi rappeler que, dans un théâtre aussi vaste et insulaire que le Pacifique, les hélicoptères restent indispensables pour déplacer rapidement des troupes, transporter du matériel et soutenir les opérations au plus près du terrain.
Les entraînements de Keen Sword incluaient notamment des scénarios de défense aérienne et de lutte antinavire, dont certains comportaient des tirs réels d’armement, en complément des séquences classiques simulées. Le 19 octobre, une activité de tir réel associant des aéronefs et des navires a notamment impliqué les forces japonaises, canadiennes et françaises.
La participation de moyens aériens au-delà de la chasse pour les Allemands et les Australiens
La participation australienne fut moins visible dans les comptes rendus et sur les pellicules des photographes (enfin, les cartes SD) que celle des États-Unis et du Japon. Mais Canberra a pourtant bien confirmé le déploiement d’un P-8A Poseidon de la Royal Australian Air Force, en plus d’une frégate et de personnels spécialisés dans les domaines spatial et cyber. Cet avion dérivé du Boeing 737, que nous ne présentons plus, est notamment destiné à la surveillance des espaces maritimes, dans lesquels doivent se dérouler différents exercices et affrontements simulés.
La participation australienne fut également visible à travers les opérations de maintenance et de récupération des appareils de leurs homologues japonais et américains autour des F-35A de la force aérienne japonaise. La RAAF comptant également dans ses rangs le chasseur-bombardier en question, des procédures de lancement ont pu être testées.
L’autre appareil qui attire l’attention est l’A400M Atlas de la Luftwaffe. La présence allemande est d’autant plus remarquable qu’elle est rare et présentée comme une nouveauté. Ainsi, des personnels sanitaires allemands furent déployés avec leur avion de transport lors d’entraînements d’évacuation médicale à Iruma. L’objectif est de coordonner plusieurs étapes de la prise en charge des blessés, depuis leur évacuation jusqu’à leur traitement.
La présence du quadrimoteur turbopropulsé européen sous ces latitudes visait à rappeler qu’en cas de conflit prolongé, les moyens de transport et d’évacuation sanitaire participent eux aussi à la capacité d’une armée à poursuivre ses opérations !
Réparer les pistes pour ne pas rester cloué au sol
Je vous le concède, le sous-titre n’est pas très attirant. Toujours est-il qu’il est peut-être l’un des aspects les plus instructifs de cette édition. Car depuis le 22 octobre, les forces japonaises et américaines s’entraînent à la remise en état de pistes endommagées par différents impacts de projectiles.
Le principe, vous le comprenez, est simple, mais les conséquences sont considérables. Si une piste est rendue inutilisable, les avions qui y sont stationnés peuvent devenir temporairement inopérants, même s’ils n’ont subi aucun dommage, et devenir de fait des cibles plus faciles ! Savoir réparer rapidement les infrastructures, déplacer les moyens et rétablir les conditions nécessaires aux décollages fait donc partie intégrante de la préparation au combat.
Et alors, quelle place pour la France ?
Chauvins comme vous êtes, vous avez sûrement dû vous demander qu’en était-il de la présence française ? Paris figure effectivement parmi les sept pays partenaires invités à participer à Keen Sword 27. Le ministère japonais de la Défense confirme notamment une activité de tir réel associant les forces japonaises, canadiennes et françaises le 19 octobre. Toutefois, les informations officielles disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’identifier avec suffisamment de certitude un aéronef français engagé dans l’exercice. La France n’est pas pour autant absente de la coopération militaire dans la région. La mission Pégase 26, conduite en septembre, avait notamment permis à des Rafale et à un A330 MRTT français de participer à des activités au Japon. Il s’agit cependant d’une opération distincte, qu’il convient de ne pas confondre avec Keen Sword.

Que retenir ?
À travers cet article consacré à Keen Sword 27, j’ai surtout voulu vous montrer, si toutefois il le fallait, que la préparation à un conflit de haute intensité ne concerne pas uniquement les chasseurs et leurs capacités au combat. Elle implique toutes les facettes d’une force aérienne allant du transport, au ravitaillement, à la recherche et le sauvetage couplée à l’évacuation sanitaire. Sans oublié la maintenance ou encore la remise en état des infrastructures. Et tout cela se complique encore davantage lorsqu’il s’agit de mener ces opérations conjointement avec plusieurs nations, dont les équipements, les procédures et les chaînes de commandement ne sont pas nécessairement les mêmes !
Et encore, nous sommes sur Avions Légendaires, nous n’avons donc fait qu’effleurer les opérations navales, pourtant essentielles dans un théâtre comme le Pacifique, et qui ajoutent encore un niveau de complexité aux déploiements aériens et aux exercices interarmées. Car derrière les belles images de chasseurs et d’hélicoptères, Keen Sword 27 rappelle surtout qu’une force aérienne ne se résume jamais à ses avions. : L’humain et son savoir-faire est la véritable richesse car c’est lui qui doit être capable de fonctionner avec ses alliés, y compris lorsque les conditions deviennent particulièrement difficiles.
Photos © Jameson Harris – Us Air Force
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