La France a t-elle tué l’Eurodrone ?

Une fois n’est pas coutume c’est la France le mauvais élève d’un programme aéronautique européen. En catimini, presque sur la pointe des pieds, sans faire le moindre bruit le ministère des Armées a quitté la semaine dernière le programme Eurodrone. Officiellement donc l’Allemagne, l’Espagne, et l’Italie se retrouvent seuls maîtres d’œuvre de celui-ci et décisionnaire du consortium réunissant Airbus Defence, Dassault Aviation, et Leonardo. Sauf que de nouvelles fêlures apparaissent, en provenance de l’autre côté des Pyrénées.

Eurodrone c’est un consortium européen sur lequel toutes les railleries possibles et imaginables ont déjà été faites. Il faut dire que plus lent que lui on a du mal à trouver. Imaginez donc un drone de combat et de reconnaissance tactique dont le programme a été initialement lancé par Berlin, Paris, et Rome il y a onze ans et pour lequel le premier vol du prototype est attendu au mieux pour la fin de l’année prochaine voire plus sérieusement pour le début de la suivante. Entre sa naissance en 2015 et son vol inaugural en 2028 il se sera donc passé treize années.
Alors certes durant tout ce temps Madrid l’a rejoint, mais désormais on sait aussi que Paris en a claqué la porte !

Sur le papier l’Eurodrone, sous maîtrise d’œuvre Airbus Defence, avec Dassault Aviation et Leonardo comme partenaire c’est un énorme projet pour les besoins des forces aériennes des quatre pays partenaires jusqu’à la semaine dernière. Pourtant rien n’a avancé comme prévu.
Car si les besoins de l’Aeronautica Militare et de l’Armée de l’Air et de l’Espace peuvent sembler similaires, ils sont très différents de ceux l’Ejercito del Aire y del Espacio ou encore de la Luftwaffe. Pendant un temps d’ailleurs les Allemands ne l’entrevoyaient que comme un drone de reconnaissance pure, ayant des capacités secondaires de surveillance électronique. Français et Italiens l’imaginaient comme le successeur de leurs drones de facture américaine General Atomics MQ-9 Reaper. Et les Espagnols ensuite se posaient un peu entre deux, à mi-chemin des Allemands pour le renseignement pur et des Français pour l’action offensive.

Ah oui détail qui a son intérêt le consortium Eurodrone donne actuellement comme date d’entrée en service des premiers drones MALE le second semestre 2031 voire le premier de 2032. Il ne faut donc pas être pressé.
Mis bout à bout tout cela à conduit à ce que le gouvernement de Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées avant de rejoindre Matignon, à sortir la France d’Eurodrone. Alors le premier ministre n’est pas quelqu’un agissant sur un coup de tête, il a sans doute mûrement pensé son acte.

Lecornu table sur des solutions autour de drones MALE de facture indigène. Entendez par là conçus et assemblés dans l’Hexagone, voir au plus loin sur des territoires ultramarins. Alors forcément entre un Eurodrone qui ne volera pas avant plusieurs mois et un programme français on pense forcément au Turgis et Gaillard Aarok révélé au Bourget en 2023 et qui a volé en septembre dernier. Alors certes sa charge de combat est un peu moindre que celle du drone européen, une tonne et demi contre deux tonnes et demi, mais il a été pensé pour des munitions déjà en dotation dans l’Armée de l’Air et de l’Espace : AASM de 250 kilogrammes et missiles AGM-114 Hellfire en tête.

Un autre drone pourrait tirer son épingle du jeu : le SiRTAP du groupe Airbus. Initialement pensé pour les besoins espagnols il a toutes les qualités que recherchent la France et serait un parfait complément de l’Aarok auprès de l’Armée de l’Air et de l’Espace en remplacement des MQ-9 Reaper actuellement en dotation. D’autant que plusieurs médias espagnols parlent de plus en plus de l’engin de Turgis et Gaillard comme un potentiel drone MALE pour l’Ejercito del Aire y del Espacio. Une solution de rechange au cas où l’Eurodrone viendrait à se casser la figure.

On peut d’ailleurs légitimement se poser la question de la place de Dassault Aviation dans le consortium maintenant que la France ne le soutient plus. L’avionneur clodoaldien n’aurait-il pas intérêt à tourner casaque et à se pencher sur une solution plus pérenne, comme maître d’œuvre ou bien comme partenaire ?

Vue d’artiste © Airbus


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

5 réponses

  1. L’Eurodrone : encore un projet qui part en vrille avant même d’avoir décollé !
    Les facteurs sont multiples et bien variés pour expliquer, de manière non exhaustive, que ces projets disparaissent ab ovo :
    – Un cahier des charges qui se complexifie au fur et à mesure de l’arrivée de nouveaux acteurs… et du temps qui passe.
    – Une administration et une application des normes européennes de plus en plus tatillonnes, voire kafkaïennes.
    – Une décentralisation excessive concernant les décisions politiques, militaires et stratégiques.
    – La défense (bien compréhensible) des intérêts et du pré-carré de chaque pays « partenaires ». Les militaires, tout comme les industriels, sont les adeptes du rapport de force, c’est d’ailleurs leur métier de base.
    – Une petite bataille d’égo et la course à l’échalote entre décisionnaires politiques (il est certain que mon prédécesseur a fait moins bien que moi, alors que je suis en train de faire bien mieux que mon successeur…. Alors, que dire de mes collègues européens !)
    – Et la p’tite cerise sur le gâteau, et pas des moindres : le financement. Peut-être la raison pour laquelle la France, qui du mal à boucler ses fins de mois, se retire de ce projet sur la pointe des pieds ?

    Le SCALP suivrait-il la même trajectoire ?
    Y-a-t-il un adulte dans la salle ?

    By the way,… pendant ce temps-là, il se passe quoi en Ukraine ?

  2. Une bonne chose. La facture avait explosé avec près de 120 millions d’euros par machine. Un drone qui allait être surdimensionné pour les conflits asymétriques et trop coûteux en cas de perte lors de conflit de haute intensité. Un drone en décalage avec la réalité d’aujourd’hui où l’on préfère la masse à bas coût plutôt que des machines ultra sophistiquée et coûteuses en nombre échantillonnaires tel que les conflits ukrainien et iranien nous l’on appris.

  3. Au départ, ce MALE était monomoteur.
    L’Allemagne, pour cause de certification a exigé d’avoir un 2ème moteur pour ensuite…acheter des Reaper.
    2 moteurs -> poids en conséquence -> prix augmenté.
    D’ailleurs, j’avais fait remarquer à l’époque que ce MALE n’était (et ne l’est) pas assez ambitieux p/r au Reaper.
    Et au vue des actualités, il ne correspond pas aux besoins de la France.

  4. Je ne sais pas si vous l’aviez remarqué, combien de modifications exigées sur les avions, navires (exemple les sous-marins US) ou chars par des généraux rarement d’accord, pourquoi voudriez-vous que les Européens soit différent, l’exemple frappant est l’A400M dont chaque Etat voulait des spécifications tellement opposées que les coûts ont explosé et donc son prix a suivis.

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