L’administration Trump et Boeing se sont t-ils trop empressés à le faire entrer en service ? Car visiblement il n’y a toujours pas le compte concernant les qualifications du KC-46A Pegasus, et ce malgré les nombreuses communications du Pentagone concernant l’avion. Des tests ont bien eu lieu sur quasiment tous les avions en service dans l’arsenal américain mais pour autant le nouveau ravitailleur ne peut pas tous les ravitailler, très loin de là. C’est kafkaïen.

Récemment l’US Department of Defense annonçait avec force de médiatisation que l’avion pouvait désormais assurer le ravitaillement en vol des Boeing RC-135 et Lockheed-Martin F-22, toutes versions confondues. Sauf que tous les avions de combat ne sont même pas encore aptes à être ravitaillés par cet avion. Le Boeing KC-46 peut transférer du carburant aux Boeing F-15E, Fairchild-Republic A-10, et General Dynamics F-16, c’est la moindre des choses vu que ce sont les trois principaux avions de combat de l’US Air Force mais toujours pas aux McDonnell-Douglas F-15 ou à certains chasseurs de l’aéronavale. Et encore ne parlons pas des aéronefs des nations alliées de l’Amérique.
À signaler que seuls les versions C et D du F-16 le sont, les versions A et B utilisés encore très marginalement pour du soutien aux essais en vol ne le sont pas et ne le seront peut-être jamais.

Quid des avions-cargos et des tankers ? Officiellement le Boeing KC-46 peut ravitailler ses congénères ainsi que la flotte des Boeing KC-135 et McDonnell-Douglas KC-10 sauf que dans la pratique cela n’a jamais été vu autrement qu’au cours d’essais en vol. Quand aux appareils de transport pur c’est le grand flou. Certaines versions dérivées du Lockheed C-130 semblent aptes à l’image des EC-130H tandis que d’autres n’ont toujours pas été qualifiées. C’est le cas des canonnières volantes Lockheed AC-130 qui ne sont toujours pas adaptés aux opérations sur KC-46. Pas grave il reste encore pas mal de KC-10 et de KC-135 dans les stocks.

On pourrait nous dire que ce n’est pas grave, qu’il faut laisser du temps aux aviateurs américains et on aurait tort. Car initialement il était prévu que tous les avions aptes à être ravitaillés en vol par le KC-46 soient qualifiés dès la fin de l’année 2018. Enfin ça c’était dans l’hypothèse où l’avion serait entré en service début 2018. Comme il l’a été début 2019 on aurait pu espérer une pleine qualification fin 2019, c’est à dire maintenant. Mais non encore raté, c’est une nouvelle déception offerte par l’US Air Force et Boeing.

Bon dans le même temps 2019 est pas loin d’être une annus-horribilis pour le Boeing KC-46 Pegasus avec quelques gros déboires et des galères pas toujours assumées par l’avionneur. On se souvient de l’affaire des outils oubliés. Ce n’était pas si loin, c’était en mars de cette année. Et ensuite sur le marché de l’export l’avion ne suscite pas l’engouement. Seuls Israël et le Japon, deux clients hyper fidèles des États-Unis l’ont acheté. Il faut dire que face à lui il a un mastodonte : l’Airbus A330 MRTT jugé par beaucoup (y compris en Amérique) comme bien plus polyvalent et efficace. Et l’avion européen réussit même à chiper des contrats à son concurrent américain. Non définitivement 2019 n’est pas une bonne année pour le ravitailleur dérivé du KC-767.

Photo © US Air Force.

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6 COMMENTAIRES

  1. Je pense que l’administration TRUMP doit s’en mordre les doigts surtout que si ma mémoire est bonne, il avait envisagé un temps de produire via les usines Lockeed l’airbus a330 mrtt sur le site de Mobile. Doivent bien se marrer chez Lockeed et a Toulouse! Et quand on voit que Trump veut taxer les Airbus, en fait, il faut juste faire leur administration, ils se débrouillent tres bien sans nous.

    • Excellente question!

      J’espère que l’USAF aura appris sa leçon: il faut des contrats à prix fixes. Tous les surcoûts sont alors à charge de l’industriel qui n’avait qu’à mieux gérer le projet et proposer un tarif adéquat dès le début. J’espère également, que Boeing ne va pas se rattraper sur la maintenance et les services afin de combler les pertes seches engendrées jusqu’ici sur ce programme.

    • La perche rigide qui est dérivée de celle du KC-10 Extender était sensible aux flux d’air du Pegasus et le poste de l’opérateur de ravitaillement pose des soucis de manœuvre de la perche car la visualisation en mode nocturne n’est pas encore bien paramétrée. A vérifier mais il me semble que le premier problème est corrigé à ce jour.

  2. Sûrement une question de temps. Et encore là on parle des avions de l’USAF qui se ravitaillent avec la perche rigide. On ne parle pas des avions de l’US Navy qui eux se ravitaillent avec le panier. Même si ils ont leurs propres ravitailleurs embarqués, pour être parfaitement polyvalent ce serait parfait que le KC-46 puisse transférer du carburant à ces avions ainsi qu’aux nombreux avions alliés étrangers qui utilisent cette technique.

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