Symbole de prestige du Président des États-Unis, tous connaissent le Jumbo Jet Air Force One popularisé par le cinéma d’Hollywood. Les Américains qui affichent sans vergogne leur patriotisme sont friands de ce genre de symbole ostentatoire. Moins connus, les aéronefs dédiés au transport des chefs d’État d’autres pays font rarement l’unanimité car considérés comme une dépense fastueuse par certains. C’est notamment le cas au Canada où Can Force One a mauvaise presse depuis nombre d’années. La majorité des Canadiens sont généralement peu enclins à voir d’un bon œil les achats militaires ainsi que certaines dépenses gouvernementales jugées somptuaires. L’interminable saga du remplacement des avions de combat CF-188 Hornet illustre parfaitement ce sentiment de l’électorat canadien.

Malicieusement surnommé le Taj Mahal volant par certains, l’avion VVIP de l’Aviation royale canadienne (ARC) dédié au chef d’état canadien n’a pourtant rien d’un palace. Malgré son élégante livrée lui donnant des airs de jeunesse, la désuétude du CC-150 Polaris #01 va contraindre la Défense nationale à lui trouver éventuellement un successeur. Depuis l’accident de roulage qui a sérieusement endommagé le nez et une nacelle de moteur de l’appareil, la question de son remplacement prochain a refait surface. En attendant les réparations requises, Justin Trudeau peut tout de même compter sur deux CC-150 Polaris MRT (Multi Role Transport) normalement utilisés à des fins militaires.

CC-150 Polaris MRT

Mais au fait, que sont les CC-150 Polaris de l’ARC? Ce sont d’anciens avions de ligne Airbus A310 acquis de seconde main au début des années 1990 du transporteur Canadian Airlines aujourd’hui disparu. Deux de ces appareils furent convertis en configuration MRT, deux autres en version MRTT (Multi Role Transport & Tanker) et le dernier pour le transport VIP. Fort appréciés pour leur robustesse, ces avions commencent toutefois à sérieusement accuser le poids de leur âge. Les coûts d’entretien de ces appareils deviennent prohibitifs. Sans compter le fait qu’ils sont gourmands en carburant comparativement aux avions de dernière génération. Pour un premier ministre qui se targue d’être un champion de la lutte aux changements climatiques, il devient gênant pour Justin Trudeau de se déplacer avec Can Force One qui consomme environ 36% plus de carburant qu’un Airbus A321 de nouvelle génération!

La question du remplacement des CC-150 Polaris est toutefois plus large que Can Force One, la Défense nationale voulant privilégier une flotte uniforme pour réduire des coûts d’exploitation de la flotte. Deux constructeurs vont sans doute se livrer une âpre bataille pour positionner leurs appareils auprès du Canada, soit Airbus avec son A330 MRTT et Boeing avec le KC-46 Pegasus. Depuis l’attaque en règle de Boeing contre le programme Bombardier C-Series, le constructeur de Seattle s’est fait bien des ennemis au Canada. Il a notamment essuyé l’annulation d’une commande canadienne de 18 Super Hornet au profit de l’acquisition d’un lot de F-18 Hornet australiens de seconde main. Qui plus est, le KC-46 Pegasus a mauvaise réputation avec ses problèmes récurrents de contrôle de qualité chez Boeing. Airbus a donc de bonnes chances de remporter la mise. À moins que la Défense nationale canadienne opte pour l’achat et la conversion d’avions de ligne potentiellement disponibles à moindre prix dans la foulée de l’effondrement du transport aérien civil dû à la crise du COVID-19.

La situation n’est guère plus reluisante du côté de la flotte d’avions légers de transport VIP de l’ARC. Pour les déplacements sur de plus courtes distances, le Premier ministre et les ministres du gouvernement fédéral utilisent des appareils Bombardier Challenger. La désuétude guette aussi cette flotte qui aligne deux appareils Challenger 604 et deux Challenger 601. Là encore, les coûts d’exploitation et de mise à jour de l’avionique deviennent préoccupants. À court terme, la Défense nationale songe à acquérir des appareils Challenger 604 de seconde main pour remplacer les antiques Challenger 601. Cela permettra d’uniformiser la flotte et de gagner quelques années avant l’inévitable remplacement de l’ensemble des appareils. Le Canada devrait alors logiquement se tourner vers les dernières générations d’avions Bombardier Challenger ou Global, ou une combinaison des deux. Dans un pays aussi vaste que le Canada, la grande autonomie des Bombardier Global serait un avantage certain.

CC-144 Challenger

En cette période de pandémie qui touche également le Canada, la préoccupation à l’égard de sa capacité du transport VIP peut sembler futile. Il faut toutefois rappeler que les CC-150 Polaris, de même que les Bombardier Challenger de l’ARC, peuvent être rapidement convertis pour effectuer des évacuations sanitaires. Advenant que les autorités civiles soient débordées dans les communautés nordiques isolées qui disposent de moyens médicaux fort limités, l’ARC pourrait être appelée en renfort pour l’évacuation des malades. Heureusement, l’ARC dispose également d’une flotte conséquente d’avions de transport CC-130 Hercules et Super Hercules qui pourraient également servir à cette fin. Nul doute que de tels scénarios sont envisagés dans le cadre de l’Opération LASER 2020-01 – COVID-19 des Forces armées canadiennes.

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3 COMMENTAIRES

  1. Comme c’est le Canada, au final ce sera Boeing. On sait à quel point les Canadiens sont fidèles à leur puissant voisin méridional. Ils feront mines de regarder l’A330 MRTT et au final ils achèteront des KC-46 Pegasus.

  2. Marcel a bien raison d’affirmer que les fournisseurs européens de matériels militaires doivent maximiser les retombées économiques au Canada pour réussir leurs ventes. Le gouvernement fédéral est bien conscient de cette problématique. Un bel exemple est le communiqué de presse du 16 août 2019 annonçant l’achat de nouveaux véhicules blindés d’appui tactique où il est écrit que:
    « Afin d’accroître au maximum les retombées économiques de ce projet pour la population canadienne, le fournisseur réinvestira une somme rigoureusement égale à la valeur de ce contrat dans l’économie canadienne afin de créer des emplois et des possibilités en matière d’innovation. En plus des quelque 1 650 emplois existant à l’usine de la General Dynamics Land Systems (GDLS) à London, des travailleurs occupant près de 8 500 autres emplois disséminés dans tout le Canada aideront à fournir les pièces et l’équipement nécessaires à la construction des véhicules blindés légers »
    https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/nouvelles/2019/08/le-canada-negocie-lachat-de-nouveaux-vehicules-blindes-dappui-tactique.html

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