Bien entendu ils ne sont pas les plus célèbres ni même les plus sexy des avions actuellement en dotation au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Pour autant en quatre décennies les petits bimoteurs Embraer EMB 121 Xingu ont su faire ce pourquoi ils avaient été achetés : former les futurs pilotes et équipages d’avions de transport. Et entre 1982 et 2022 le profil des machines sur lesquels ceux ci sont ensuite appelés à voler à sensiblement changé. Le Xingu demeure pourtant un outil essentiel de la doctrine de formation française.

Quand le 16 mars 1982 l’Armée de l’Air réceptionne ses quatre premiers EMB 121 Xingu, sur un total de trente-deux exemplaires commandés c’est pour elle un grand saut dans l’inconnu. Le petit avion brésilien à turbopropulseurs est un quasi inconnu sur la scène international et doit remplacer un de ses appareils alors parmi les plus mythiques : le Dassault MD.315 Flamant. Or en ce printemps 1982 l’Armée de l’Air ne ressemble pas du tout à l’Armée de l’Air et de l’Espace d’aujourd’hui. Elle en est encore à un cheminement doctrinal sur le transport militaire hérité de l’époque coloniale avec des avions de transport totalement tournés vers l’Afrique. Guerre froide oblige leur rayon d’action n’excède pas celui nécessaire pour rejoindre les plaines d’Europe centrale.
Le vétuste Noratlas est encore présent en quelques rares exemplaires, le N.262 Frégate assure les missions de transport moyen, et le Transall est au cœur du dispositif tactique.
Quelques avions de ligne Caravelle et DC-8 renforcent le côté stratégique.

Aussi quand le Xingu atterrit sur le sol français il y a pile poil 40 ans c’est un avion d’entraînement avancé presque plus moderne et mieux équipé que la majorité des avions pour lesquels il doit former les pilotes. Le gap ressemble à un gouffre.
Pendant quatre décennies de service l’avion va régulièrement être modernisé, son entretien étant même désormais externalisé au profit d’une branche du groupe Airbus.

En 2022 l’EMB 121 Xingu tient toujours sa place. Chose étonnante il n’a pas tant vieillit que cela. Sauf que désormais les jeunes équipages volent majoritairement ensuite sur des avions n’existant pas dans l’arsenal français de 1982, à l’exception des ultime Transall encore en dotation. Les Casa et Hercules étaient bien dans l’esprit des généraux de l’époque mais ne volaient pas encore sous cocarde française quant aux A400M et Super Hercules ils n’existaient même pas encore chez leurs avionneurs respectifs.

Comme nombre d’avions d’entraînement le Xingu a un lourd déficit de popularité auprès des Français. Pourtant depuis 1982 il a été de presque tous les défilés aériens du 14 juillet.
Il est fréquemment présent lors de meetings aériens mais rien n’y fait. Même les passionnés d’aviation le méconnaissent grandement.
Fait particulier il partage avec le chasseur Dassault Aviation Rafale d’être en dotation à la fois dans l’Armée de l’Air et de l’Espace et dans la Marine Nationale. Il a remplacé auprès de cette dernière le Piper PA-31 Navajo à peine moins reconnu encore que lui.

En 2015 le Xingu a même eu les honneurs de la fête nationale belge, ici aux côtés d’un F-16MLU Fighting Falcon.

Quarante ans après son arrivée en France il continue pourtant de la servir efficacement. Et avec une discrétion totale. C’est aussi ça la particularité des avions réussis.
Longue vie (encore) au Xingu !

Photos © Armée de l’Air et de l’Espace.

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5 COMMENTAIRES

  1. Merci Arnaud pour ce bon article et ce petit bi-moteur, dont on parle rarement, c’est vrai.

    Il m’arrive d’en voir sur la base de Cognac, tant Armée de l’air que de la Marine.

    N’oublions pas qu’à Cognac, on forme aussi nos futurs pilotes de la Marine.
    C’est une petite section, mais qui a le mérite d’exister, tout au moins pour la formation sur Grob 120 À, puis sur Pilatus PC 21.

  2. Bonsoir Arnaud,
    J’ai eu la chance de travailler sur le Xingu,à Avord, pendant 13 ans de 83 à 96. C’est un bon avion que j’ai apprécié. Je le trouvais plus joli dans sa livrée d’origine, blanc et gris clair.
    Quelques remarques: Le Xingu a remplacer le MD 312 Flamant (bicommande), j’ai travaillé dessus de 75 à 83,
    le MD 311 (nez vitré, utilisé pour la formation des navigateurs à Toulouse) et le MD 315 (utilisé essentiellement outre-mer car non dégivrer) étaient mono-commande)
    L’Armée de l’Air avait 25 Xingu et la Marine 16, répartition des 41 achetés par l’État, ultérieurement d’autre furent achetés d’occasion pour remplacé ceux cassés. La Marine en a reversé à l’AA, lorsque les écoles de pilotage ont été regroupées à Avord en 96.
    Voici les N° des 25 à leur arrivée dans l’AA: 54 X?, 64 X? 72 YA, 73 YB, 75 YC, 76 YD, 78 YE, 80 YF, 82 YG, 84 YH, 86 YI, 89 YJ, 91 YK, 92 YL, 95 YM, 96 YN, 98 YO, 99 YP, 101 YQ, 102 YR, 103 YS, 105 YT, 107 YU, 108 YV, 111 YW

  3. Merci pour ce super sujet. Pourquoi les autres sites d’aviation n’en ont pas parlé ? Ont ils hontes de nos avions qui ne sont pas des chasseurs ?

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