C’est un serpent de mer au moins aussi ancien que l’entrée en service du chasseur français de génération 4.5. Aujourd’hui le Dassault Aviation Rafale F4 est sans nul doute ce qui se fait de mieux dans le domaine des avions de combat, et le seul appareil capable de concurrencer l’omniprésence grandissante du Lockheed-Martin F-35A Lightning II américain. Pourtant l’avion clodoaldien demeure faillible sur un point : la guerre électronique, et plus particulièrement la suppression des défenses sol-air ennemies ! Il s’agit là de l’héritage à la fois de décisions politiques françaises mais aussi d’un certain renoncement industriel au profit de nos alliés.

Objectivement aujourd’hui les Dassault Aviation Rafale F3-R de l’Armée de l’Air et de l’Espace et de la Marine Nationale sont parfaitement adaptés à trois missions. Celles-ci sont la défense aérienne et plus particulièrement la supériorité aérienne, la dissuasion nucléaire, et l’attaque au sol de cibles immobiles ou en mouvement. Ça tombe bien c’est tout ce qu’on lui demande, avec en plus la reconnaissance tactique où l’avion demeure très compétitif. Tout cela fait du Rafale un chasseur de très haute qualité, et ses ventes à l’export en attestent. Pourtant à l’aune de la guerre qui se joue en Ukraine et de celle qui semble de plus en plus se profiler dans la zone Asie Pacifique on est clairement en droit de se demander si l’avion français serait capable de répondre aux exigences de la haute intensité.

En gros le Rafale est-il juste bon à casser du djihadiste dans une casemate d’Irak et sur des mobylettes au milieu du Sahel ou bien ses capacités face à des puissances comme la Chine ou la Russie sont-elles réelles  ? On est largement en droit de se poser la question. À priori on aurait tendance à répondre que oui mais ce n’est pas si gagner que cela.
Car les faubourgs de Moscou et de Saint-Pétersbourg n’ont rien à voir avec ceux de Bamako ou de Tombouctou. La Russie est une puissance régionale indéniable qui protège ses villes et mégapoles des risques d’intrusions aériennes.

Les avions actuels comme le Dassault Aviation Rafale F4 ou l’Airbus DS Typhoon Tranche 4 ont été conçu pour répondre aux radars de défense aérienne les plus classiques, opérant dans des longueurs d’ondes allant de deux à quarante giga hertz. Pourtant la Chine et la Russie développent de plus en plus des radars disposant de longueurs d’ondes plus basses, inférieures à un giga hertz. Si à priori les avions de combat contemporains n’y sont pas vulnérables ils n’ont pas vraiment été conçu pour les contrer.
Et aujourd’hui tout porte à croire qu’en cas de conflit de haute intensité les avions alliés seraient confrontés à un véritable mille-feuilles de radars de défense aérienne composé de longueurs d’ondes très différentes et permettant de déployer des systèmes de DCA là encore différents les uns des autres.

Dans un tel contexte le recours aux unités SEAD (pour Suppression of Enemy Air Defenses) sera essentiel aux Alliés. Sauf que la France en est absente depuis vingt-cinq ans et l’abandon du missile anti-radar AS.37 Martel. Une arme qui rappelons-le prouva en son temps ses capacités destructive depuis des avions comme le Dassault Mirage IIIE ou le SEPECAT Jaguar A. Aujourd’hui les équipages français sont limités à des munitions guidées non propulsées comme l’A2SM de facture locale ou la GBU-12 achetée aux États-Unis. Surtout ces deux bombes n’ont pas été conçus pour cela.

Pour autant disposer d’une capacité SEAD doit s’accompagner d’une refonte totale de l’architecture de guerre électronique du Dassault Aviation Rafale F4. Malgré l’extraordinaire travail des ingénieurs de l’avionneur et des équipementiers MBDA et Thales le système Spectra ne sera plus suffisant dans le cadre de la haute intensité. Rappelons qu’il s’agit d’un système défensif de guerre électronique, permettant d’accroitre la survivabilité du biréacteur dans un environnement air-air et sol-air intensif. Spectra n’a jamais été pensé pour la guerre électronique offensive, il n’y est donc tout simplement pas adapté.
Bien sûr le Rafale pourra toujours compter sur la détection passive de son optronique secteur frontale. Le fait que l’OSF soit impossible à être brouillé par un système ennemi le rend encore plus adapté à la mission anti-radars. Enfin le balayage électronique de son radar à antenne active RBE2 rend le Rafale F4 encore plus cohérent avec une future mission SEAD. Du coup on est en droit de se demander pourquoi rien n’est fait dans ce sens ?

Dassault Aviation et le ministère des Armées auraient-ils la volonté d’attendre le futur Rafale F5 voire un hypothétique Super Rafale pour y intégrer cette capacité de guerre électronique offensive ? L’avenir nous le dira. En attendant ce n’est pas comme si Airbus DS et Leonardo ne travaillaient pas dessus pour le Typhoon.
Sinon on pourra toujours demander à l’US Navy d’assurer la mission avec ses Boeing EA-18G Growler.

Photo © Armée de l’Air et de l’Espace.

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35 COMMENTAIRES

  1. Arnaud, l’AASM est composée d’une bombe US et d’un kit de propulsion et de guidage
    Je ne suis pas dans le secret des dieux mais je pense que le Spectra est capable de localiser précisément les radars pour les renseigner aux bombes guidées air-sol

        • La réponse a déjà été apporté par le chef des armées il y a quelques mois : c’est NON et il y a bien d’autres solutions pour détruire les radars ennemis. A commencer pas les missiles basses altitudes. Quant aux défenses aériennes russes…

        • Sauf qu’entre la déclaration du CEMA à l’époque et aujourd’hui il s’est passé un truc que même un général français a dû voir passer : l’invasion de l’Ukraine par les forces russes. Donc inutile Tristan d’écrire votre « non » en majuscule, vous ne le rendrez pas plus convaincant.
          Et puis ce que promet un CEMA n’engage en rien son ou ses successeurs, encore heureux d’ailleurs.

    • Une véritable capacité OCA est nécessaire, ainsi que le montre la guerre en Ukraine.
      C’est une leçon capitale (parmi tant d’autres) à retenir.
      Spectra fait de l’auto-protection, sa capacité de repérage reste limitée.
      Après que la capacite SEAD soit portée par le Rafale, un Loyal Wing Man drone ou une autre plateforme, c’est une autre question.
      Doit-on risquer l’équipage d’un Rafale en OCA alors qu’un drone, type Neuron, peut accomplir ce job ?
      Ou bien, est-ce qu’un équipage est nécessaire pour réagir à l’imprévu.
      Quand on regarde du côté Isréalien, la neutralisation est menée par des plateformes comme l’Eitam, qui ouvre la voie pour les F16. Les Growler font le même type de travail avec un plus la capacité de destruction à l’aide de missiles.
      Chacun développe son approche, mais celle de la France relève plutôt du manque de moyens que de la philosophie assumée. En gros, on fait avec ce qu’on a, avec des capacités qui tendent à se réduire, et en général, cette partie est déléguée aux alliés.

  2. Pour la guerre électronique, faut il un rafale prévu pour cette mission ou plutôt un A400 M voir un A33oMRTT avec des capacité d’emport plus importante et de multiple opérateurs à bord?
    Dans le deuxième cas il n’est pas question d’emport de missile, mais alors que nous n’avons plus de DC8 et que les transalls Gabriel sont en fin de vie la question de l’ensemble de la mission guerre électronique est peut être à reconcevoir.
    La place du rafale dans ce contexte est indissociable des autres vecteurs.

    Ce n’est que mon avis

  3. Mais n’y a t’il pas déjà des projets européens répondant au besoin? Le SPEAR-EW de MBDA, le pod de brouillage électronique EAJP par exemple.
    D’ailleurs la France n’a t’elle pas débuté un projet analogue avec le projet de pod européen AEA?

    • tellement d’accord.. maintenant quand google me propre un article de cette source, je scrolle droit en bas et si je vois la tete de l’auteur, j’appuie flèche gauche. C’est tellement orienté, c’est imbuvable

      • Et pourtant vous êtes là Cedric à commenter bêtement comme un bon hater dénué de toute intelligence, un petit troll sans envergure qui refuse de nous lire mais ne peut s’empêcher de déverser sa haine et sa bêtise crasse. En fait c’est plus fort que vous, ça relève presque de l’inné chez vous.
        Merci du coup un gros merci de m’avoir bien fait rire avec votre commentaire aussi bas de plafond que son auteur.

  4. Avec le plus vaste pays du monde, un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU et 6000 ogives nucléaire,soyons honnête, la Russie est plus qu’une simple puissance régionale.

    • Tout a fait ! Cependant on peut souligner le manque de courage de Dassault qui attend des commandes d’État pour développer quelque chose. N’ont ils pas de fonds propre pour innover et montrer de quoi ils sont capable ? Un Neuron SEAD serait sûrement faisable quitte a l’armer de missile US dans un premier temps. Ou bien le Neuron détecte pour le compte des Rafales en arrière qui balance du Scalp. Bref il y a plein de possibilités.

      • Si étude préalable venant du gouvernement, il le fera, sinon, sans être sûr de commande, il ne bougera pas!
        Faut voir la synergie avec certaines entreprises française, et là, je pense qu’on aurait du lourd, mais en France , on aura toujours une guerre de retard..

      • De nos jours, les avant-projets peuvent être présentés sous forme de Power Point and Co mais avec en toile de fond de vrais calculs de simulation de performances, surtout quand il s’agit d’équipements électroniques et qui n’affecteront que la configuration extérieure de l’avion.
        Donc il est raisonnable de penser que Dassault a dans ses cartons des projets de SEAD ayant comme vecteur le Rafale

  5. Il faut que le Rafale fasse de façon excellente ce dont il est capable et s’y maintienne…
    Maintenant s’il faut une brique supplémentaire pourquoi ne pas la mettre dans un système de drones ?
    Les systèmes de drones sont l’avenir, c’est donc un bon moyen pour apprendre…

    • Je présume que Dassault attende que d’autres s’y lancent ( style airbus) car les commandes ne seraient pas très nombreuses et c’est pas trop de la technologie exportable.
      Il pourrait y avoir d’autres supports que le rafale pour ce genre de job.

  6. Bonjour Arnaud, j’aimerai, sur ce sujet, m’entretenir avec vous.

    Donnez-moi un numéro de Tél ou une adresse mail ou postale où vous joindre. Ou contactez-moi sur man adresse mail..

    Tout ne peut pas être écrit sur Internet.

    • Si vous êtes le véritable Pierre-Alain Antoine que je pense, c’est bien dommage car avec la remarquable carrière militaire que vous avez eu, vous avez beaucoup de chose intéressantes à nous apprendre.
      Respectueusement.

  7. Que ce serait intéressant de voir notre rafale national, déjà excellent, ajouter une elle corde à son arc.
    Mais ce n’est juste pas la politique de notre pays, qui préfère s’en remettre à ses alliés, ce qui n’est pas mal non plus. Pourquoi investir dans un avion qu’on ne vendra sûrement pas en nombre suffisant pour le rendre attractif financièrement, et dans un domaine où il va falloir tout démontrer ? Et puis nous allons vouloir développer notre propre missile anti radar au passage..
    Refaisons du Gabriel en mieux, à la rigueur.
    Sinon, un rafale genre f15 EX, camion chargé de MICA ou de METEOR, ça serait pas mal non plus

    • Le f15 français Dassault l’a déjà fait, il s’appelait le Mirage 4000. Mais le gouvernement français n’ayant pas pris la peine d’en acheter et de le défendre à l’export, cela s’est soldé par un projet mis au placard.

      Pourtant certains pays étaient intéressés par le Mirage 4000 à l’époque.

  8. Un Rafale EW serait quoi qu’il en soit un apport appréciable. De plus il existe déjà. Dans la version export destinée à l’Inde, il dispose d’un spectra boosté couplé à un pod LBJP très volumineux lui donnant une grande puissance en guerre électronique. La France avait développé il y a 20 ans un démonstrateur nommé « carbone » qui avait démontré ces grandes capacités. Dommage de ne pas avoir enchaîné sur un programme ops.

  9. Quand on a la volonté de faire, comme par hasard on trouve les moyens de faire.
    La détection anti-radar n’est que de l’électronique et du logiciel adapté à cette fonction. Thalès s’est très bien faire cela, ils ont un département ingénierie hyper fréquence qui est dans le top mondial. La nouvelle détection sur E18 tient sur 2 pods pas trop gros. Je pense qu’en France on a les moyens intellectuels de faire aussi bien mais malheureusement pour des questions de priorité qui dépassent le citoyen lambda que nous sommes, on ne donne pas au groupe Thalès-Dassault le GO et les moyens financiers idoines pour lancer l’étude.
    Quand le Mirage F1 s’est arrêté, on a perdu la detection des radars adverses, la DGA a lancé l’étude pour l’adapter sur Mirage 2000 alors qu’il aurait fallu l’adaper sur le Rafale mais ça devait être certainement trop couteux et trop long à adapter et puis ce pod est d’1 ancienne technologie et pas digne d’être connecté au Rafale.
    Juste 1 joke: On pourrait faire comme les ukrainiens, en quelques semaines, ils ont adapté le missile anti-radar US Harm88 sur leur Mig29, on pourrait faire pareil et acheter en plus sur étagère les pods de détection du Typhoon!!! :). Mais là encore, le nerf de la guerre c’est les sous…

    • Oui je suis assez d’accord. Ce n’est que de l’electronique qui peut tenir dans un (ou deux) pods.
      Par contre au sujet de l’avion en tant que tel, il y a une question à laquelle je n’ai pas eu de réponse :

      Pourquoi ne mets-on pas de réservoirs-conformes au rafale?
      Cela lui donnerais une allonge intéressante.

  10. Bonjour Messieurs,
    Je m’intéresse à la carrière du Rafale depuis le 4 juillet 1986. J’ai lu l’interview de Florence Parly au sujet du Rafale de guerre électronique.
    Si on lit sa réponse entre les lignes, il semblerait qu’un SPECTRA nouvelle génération permette au Rafale F4 une furtivité active., et qui dispenserait d’acheter un avion spécialisé.
    J’ai besoin d’avoir vos avis de spécialistes que je ne suis pas.
    Spécialistes dans le domaine de la Guerre Electronique
    Pilotes de Rafale
    Je vous remercie

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