La montée en puissance de la Chine commence a sérieusement inquiéter les responsables du Pentagone. Plusieurs options sont à l’étude afin de maintenir l’US Air Force comme première aviation militaire de la planète et notamment la reprise de production d’avions jusque là arrêtés. Lockheed-Martin parle désormais d’une nouvelle version du célèbre F-16 Fighting Falcon mais aussi d’une relance du F-22 Raptor. Dans le même temps Boeing étudierait la possibilité de rouvrir la chaîne d’assemblage du C-17 Globemaster III de transport stratégique.
Le futur Boeing F-47A et l’hypothétique Lockheed-Martin F-55A ne seront pas opérationnels avant une bonne dizaine d’années, au plus tôt. Ça c’est la réalité du chasseur de 6ème génération aux États-Unis. Dans le même temps la Chine progresse sur ses programmes comme le Chengdu J-36 et le Shenyang J-50 annoncés comme tels et eux ayant déjà volés depuis 2024. Surtout ce qui effraie les généraux américains c’est la rapidité de production des Chengdu J-20 et Shenyang J-35 de 5ème générations. L’Amérique craint d’être prise à la gorge au niveau de ses chasseurs furtif vis-à-vis de la Chine.
Certes les livraisons de Lockheed-Martin F-35A Lightning II vont bon train mais l’avion connait de nouveau des zones de turbulences technologiques, notamment au niveau de ses mises à jour. Dans le même temps le meilleur chasseur de supériorité aérienne en possession au sein de l’US Air Force, le F-22A Raptor, vieillit ! Tout comme les F-16C/D Fighting Falcon qui forment l’ossature de la chasse américaine et qui eux aussi commencent à sérieusement accuser le poids des ans.
En théorie ce vieillissement des F-16 ne devrait poser aucun problème puisque justement les F-35A sont prévus pour prendre leur relève. En théorie seulement.
En effet les schémas prédictifs de la chasse américaine pour les années 2030-2040 sont désormais totalement obsolètes. Mis en place voici environ dix ans ils n’avaient nullement pris en compte l’accélération fulgurante de l’industrie aéronautique chinoise. Aux alentours de 2015 les stratèges américains voyaient encore la Chine comme un pays à la traîne derrière une Russie déliquescente. Si sur ce dernier point ils avaient vu juste, sur tout le reste les têtes pensantes du Pentagone se sont mis le doigt dans l’œil… jusqu’au coude ! Et ils en payent aujourd’hui le prix fort : le réveil est difficile. Y a de la gueule de bois dans l’air.
Depuis cet été les stratèges américains semblent avoir pris la mesure de l’urgence. On annonce entre 250 et 300 chasseurs furtifs opérationnels en Chine à la fin de cette année 2026, et sans doute le double d’ici fin 2028. Sans compter les avions de combat traditionnels comme le Chengdu J-10 et, les Shenyang J-11 et J-16 pour un total avoisinant sans doute les 2000 exemplaires. La toute puissance de l’US Air Force est forcément en péril. Et ça dans l’Amérique MAGA* de Donald Trump ça ne peut pas passer.
Alors il fallait trouver une solution d’urgence.
Acheter à l’étranger ? Impensable, l’US Air Force n’a pas utilisé d’avions de combat conçus hors des USA depuis les Bristol Beaufighter et Supermarine Spitfire britanniques de la Seconde Guerre mondiale. Et encore à l’époque c’était l’US Army Air Force.
La solution la plus logique était donc de relancer la production de chasseurs existant déjà. Le Pentagone s’est donc logiquement tourné vers Lockheed-Martin, détenteur des droits à la fois du F-16 et du F-22. De quoi parle t-on d’ailleurs ici ?
Pour le Raptor ni plus ni moins que d’une version légèrement rajeunie et remise au goût du jour du F-22A, sans doute appelée F-22B, et destinée exclusivement à l’US Air Force. Pour le Fighting Falcon c’est plus complexe. Les informations dont nous disposons aujourd’hui indiqueraient un F-16G Super Falcon déjà en développement et qui serait une évolution à la fois du F-16E/F Desert Falcon et du F-16V Viper. On parle ici d’une signature radar dégradée, de réservoirs de carburant CFT augmentant sensiblement le rayon d’action, et d’un armement privilégiant le combat air-air ainsi que les frappes dans la profondeur.
Ça vous rappelle quelque chose ? C’est parfaitement normal c’est la recette avec laquelle Boeing est passé du F-15E Strike Eagle au F-15EX Eagle II.
On a beau retourner la question dans tous les sens cela ressemble furieusement à un sauve-qui-peut généralisé de l’US Air Force face à une Chine que rien ne semble arrêter sur le plan technologique. La course à l’armement sino-américaine pourrait bien renvoyer celle de la guerre froide entre Moscou et Washington DC a des enfantillages de cours de récréation. Et pour l’instant c’est bien Pékin qui mène la barque et l’Amérique qui rame.
La balle est désormais entre les mains du Congrès. Ce sont les représentants et sénateurs américains qui vont devoir choisir s’ils acceptent ou non d’autoriser Lockheed-Martin à lancer ces deux programmes prioritairement pour l’US Air Force, sachant notamment que le Raptor est invendable à l’export. Il restera toujours le Super Falcon. À quelques semaines des élections de mi-mandat cette relance industrielle pourrait bien devenir un enjeu de politique politicienne.
*MAGA = Make America Great Again, le slogan du 47ème Président des États-Unis d’Amérique.
Affaire (évidemment) à suivre.
Photo © US Air Force
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7 réponses
Bonjour à tous,
La Chine a les moyens, comme les États-Unis dans les années 1950, où les projets d’avions apparaissaient plus vite que les modèles de voitures.
Les moteurs à réaction Pratt & Whitney J57, General Electric J47 ou même Westinghouse et Allison, ainsi que Curtiss-Wright, certains recyclé dans de petits réacteurs, et d’autres ont été absorbés.
D’où la multiplicité d’avions dits furtifs, les moteurs sont souvent d’origine russe ou des copies de moteurs soviétiques améliorés, il semblerait que le W10 soit le seul d’origine chinoise inspiré de moteur anglais ou soviétique.
Bonne journée
Bonjour, d’après ce que j’ai lu dernièrement Xi’aero-engine permis l’intégration sur un J-20B d’un moteur WS-15 fin 2025. Ce moteur de conception, en théorie 100% indigène, permet au J-20B d’être supersonique sans postcombustion. L’écart entre la paire de Saturn AL-31F russes équipant les J-20A et la paire de WS-15 chinois est immense car un AL-31F offre une poussée max avec PC de 122,6 kN quand les déclarations du constructeur donnent une poussée max avec PC de 181,37 kN pour un WS-15.
Vu les principes fondamentaux et immuables des lois de la thermodynamique, je ne vois pas bien comment on peut passer d’un moteur de 122kN à un moteur de 181 kN (soit une augmentation de 50% de poussée, c’est énorme) sans modifications structurales majeures de l’avion. Ca me fait bien sourire.
Pour un tel accroissement de la poussée, il faut forcément augmenter significativement le débit d’air aspiré et brûlé donc agrandir les entrées, les conduites d’air et le diamètre du réacteur. On peut aussi augmenter la température maxi en entrée turbine HP mais les limites sont vites atteintes (réduction de la durée de vie du moteur et dégradation de sa fiabilité). Ce n’est déjà pas simple du tout pour gagner « seulement » 20% de poussée sur le M-88 avec la version T-Rex sans rien changer de majeur à la structure du Rafale.
Le constructeur chinois couche sur papier glacé des promesses qui iront se briser sur le mur de la réalité scientifique.
Merci Loïc,
Pour ce complément d’information.
Bonjour,
Miser sur la relance de fabrication de cellules éprouvées n’est pas aberrant, sachant que l’important sur un chasseur actuel c’est surtout l’informatique embarquée. Pour produire en quantité et rapidement des appareils de combat on peut probablement aussi rogner un peu sur les exigences de furtivité si on prend en compte les avancées actuelles et futures en matière de détection radar. Maintenant un cruel dilemme apparaît, investir du budget dans des appareils mêmes modernisés c’est de toutes façons assécher une partie du budget consacré aux développements d’avions nouveaux. Notre Donald « préféré » peut toujours demander une rallonge au congrès pour financer les deux options, vraiment pas certain que cela passe.
Relancer la fabrication d’un F-22 Raptor B avec tous les équipements de production qui ont disparus depuis plusieurs années, ça revient à partir d’une feuille quasiment blanche. Waouh, le budget risque d’être colossal tout comme le temps à rattraper !
Certes les Américains savent mettre le paquet quand il le faut, à l’instar du missile Tomahawk dont la production va être multipliée par 16 dans les 7 ans à venir avec un contrat de 23 Milliards de $. Il était temps !
Côté aviation de combat, désormais, le retard quantitatif s’apparente à un gouffre.
Selon votre article, je comprends que, dans sa logique de fonctionnement, le Pentagone privilégie toujours une certaine approche « qualitative ». Or, à la lumière des conflits actuels, c’est plutôt l’aspect quantitatif qui prime. Il faut saturer le territoire ennemi, quitte à avoir des pertes sur les drones. Et si par hasard, les Chinois perdent quelques pilotes dans l’aventure de Taïwan, cela leur fera ni chaud ni froid.
En voulant relancer le F22 Raptor, les Américains ne font-ils pas fausse route ?
Un point de vue que je partage, même si je ne suis qu’un béotien qui s’intéresse à la question.
J’ai la même impression générale (je dis bien impression) : que ce soit sur terre, en mer ou dans les airs, cela fait un moment que les USA semblent faire fausse route, et pas qu’un peu. Malgré un complexe militaro-industriel énorme et des montagnes de milliards de dollars, cela fait belle lurette que les américains n’ont pas gagné de conflit armé contre bien plus petits qu’eux.
Et comment les forces aériennes de leurs composantes militaires vont financer ces nouveaux avions alors que leurs budgets sont déjà en grande partie plombées par les coûts gargantuesques du programme F-35?