C’est une question hyper épineuse qui touche à la souveraineté industrielle européenne autant qu’à l’impérieuse nécessité pour Madrid de conserver une aéronavale digne de ce nom. Après quelques mois de calme sur le sujet la succession des actuels McDonnell-Douglas AV-8B / TAV-8B Harrier II revient sur le devant de la scène. Et la possibilité d’acquérir des Lockheed-Martin F-35B Lightning II soulève de l’autre côté des Pyrénées des débats particulièrement animés. Pour autant le ministère espagnol de la défense rappelle qu’une telle hypothèse ne remettrait nullement en question les engagements auprès de l’Allemagne et de la France sur le programme SCAF.

En fait le débat en Espagne sur la possibilité ou non que l’Armada Española achète des F-35B Lightning II en remplacement des AV-8B Harrier II est avant tout un affrontement parlementaire. Le premier ministre socialiste, monsieur Pedro Sánchez Pérez-Castejón est actuellement plutôt un opposant très modéré à l’achat de quinze à vingt chasseurs américains de 5e génération. L’idée de cette acquisition est d’ailleurs clairement portée par l’opposition de droite et de centre-droit. Gros souci pour l’homme d’état sa «camarade» madame Meritxell Batet Lamaña, actuelle présidente du Congrès des députés, l’équivalent de notre président de l’Assemblée Nationale, y est farouchement opposée. En figure quasi iconique de la gauche européenne elle voit dans le Lockheed-Martin F-35B Lightning II une ouverture pour le F-35A vers l’Ejército del Aire. Peut t-on l’en blâmer ?

Quand les soutiens de madame Batet Lamaña mettent en avant l’acquisition de F-35A Lightning II par la Luftwaffe et les dangers qu’elle fait peser sur le programme SCAF les défenseurs de la solution américaine pointent plutôt l’Italie comme exemple. Bien que l’aéronavale transalpine vole sur Lightning II elle est intégrée dans la Team Tempest aux côtés des Britanniques et des Suédois.
Plus pragmatiquement les défenseurs à gauche d’une solution Lockheed-Martin rappelle qu’il est aujourd’hui le seul et unique avion capable de remplacer le Harrier II. En gros c’est lui ou la mort annoncée de la chasse embarquée espagnole.

Sur les réseaux sociaux et les sites spécialisés hispanophones le débat est encore plus houleux, voire parfois franchement violent et vulgaire. C’est dire si bien plus que l’avenir désormais quasi scellé des AV-8B Harrier II c’est bien plus l’achat des F-35B Lightning II qui heurte la sensibilité européenne des Espagnols.

Et si finalement l’Espagne et l’Italie nous démontraient qu’il n’y a aucun problème à acheter des F-35B Lightning II tout en développant un chasseur terrestre classique de 5e génération ? Ce serait assez innovant ; peut-être trop pour certaines personnes.

Photos © ministère espagnol de la défense.

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11 COMMENTAIRES

  1. à part qu’avec le budget pour toute leur flotte de Harrier II, ils ne peuvent s’acheter qu’un seul F-35 et sans parler de la maintenance qui est colossale. Ne jamais oublier de prendre en compte le prix global de possession !
    j’ai une autre question plus pratique n’étant jamais monté sur le Principe de Asturias : peut on y faire évoluer une flottille de F-35 : taille, ascenseurs, hangars et surtout locaux de pièces détachées beaucoup plus exigeants que pour un appareil « rudimentaire » que le Harrier II.
    Nos amis espagnols ont cependant un peu de temps, le retrait des Harrier n’est pas prévu avant 2028 ?

    • Dites vous bien madame ou monsieur Taclet que les Espagnols ne sont pas des amateurs. S’ils se tournent vers le F-35B Lightning II ils ont d’abord vérifier qu’ils pouvaient l’acquérir et qu’en plus il était adapté à leurs navires. Bien sûr les Français(e)s comme vous savent tout mieux que tout le monde et donc qu’eux mais rassurez vous ils ont examiné la question sous tous les angles.

      • C’est comme l’achat des F18 par la Suisse. Les Suisses avaient dû pas mal étudiez cet avion, on ne commande pas des chasseurs sur un coup de tête… Mais ils n’avaient pas prévu que les américains leurs mentirez sur la taille exacte de l’appareil…

      • La puisance publique n’est pas toujours exemplaire quand il s’agit de prevoir ce genre de details techniques, surtout quand les politiques sont impliqués, mais pas que (et cela s’applique autant aux espagnoles qu’aux francais, americains et j’en passe). Avec un porte avion il est souvent question de prestige ce qui fait tourner quelques tetes … Se poser des questions est rarement signe de stupidité …
        Pour en revenir a notre sujet plusieurs points fondamentaux : quels ambitions pour la marine espagnole ? Quel zone de projection de puissance sont envisagés ? Car les territoire de la courone dans l’atlantique seront facilement atteingables par eurofighter + A330MRTT. Et en ce qui concerne le F35B, sans faire du bashing (car oui il est furtif (furtivité passive + des communications), a une tres bonne alonge / bon paylod pour un chasseur STOVL), il reste le proleme d’une cellule fragile avec peu d’heure de vol et d’une maintenance beaucoup plus complexe que le harrier, ce qui demande plus de chasseurs a terre pour un meme nombre embarqué et plus de place sur leur PA. A compter aussi que le nouveau moteur qui devrait resoudre certains problemes rencontrés ne serait pas installé sur la version B car pas assez de place dans la cellule.
        Comme soulevez par un autre commentateur plus bas, utiliser ces fonds pour develloper un drone a grande capabilité STOVL pourtait etre un veritable pari industriel et sur l’avenir mais avec de fortes incertitudes.
        Mais c’est aussi vrai que cela le rendrait bien interoperable avec les marines britaniques, italiennes

        • @Quentin : avant de commenter tu pourrais te relire? Ça pique les yeux tes fautes grotesques. Je ne suis pas né francophone et pourtant je fais moins de fautes que toi.

  2. rectificatif, je pensais au Juan Carlos évidement. D’ailleurs les australiens à priori n’ont pas prévu d’utiliser la classe Camberra en porte-avions, leurs hangars sont d’ailleurs trop petits pour les S-70, alors les F-35 ?

  3. Les Espagnols n’ont pas tellement le choix finalement. S’ils veulent conserver leur capacité embarquée, le F35B est l’unique alternative dans ce domaine. Concernant le SCAF, il est déjà mal embarqué et subit du retard pour des causes de répartitions industrielles. Il serait facile de tirer à boulets rouges sur l’Espagne alors qu’une douzaine de pays Européens se sont équipés du F35. Même les Allemands l’ont fait. C’est dommageable pour l’Europe de la défense et son industrie mais c’est ainsi. Cette Europe de la défense que bien peu de pays veulent vraiment et c’est l’OTAN sous contrôle US qui est la seule valable à leurs yeux. Reste les derniers mohicans Français qui dispose du Rafale et doivent l’exporter loin de l’Europe pour conserver un savoir faire unique en dans ce domaine.

    • C’est surtout l’industrie européenne qu’il faut oser blâmer, qui n’est pas capable de proposer certains produits que d’autres fournissent à une époque ou on en aurait vraiment besoin … et pas dans 15 ans !!! (comme les F35 à atterrissage vertical, je n’ai vu aucun industriel proposer un équivalent, alors que des marines européennes en ont vraiment besoin, Italie, Espagne …)

  4. Leur argent serait mieux investit en développant un UCAV pour remplacer les Harrier. Cela leur donnerait une place de leader pour le SCAF et des possibilités d’exportation rapide. En plus cela augmenterait l’efficacité de leurs navires en augmentant le nombre d’appareil.

    • Pour infos Pat EADS-Casa s’appelle désormais Airbus Defence & Space, ou Airbus DS. Et en effet ça ressemble à un marché de niche.

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