Face à la menace croissante de l’URSS, le Canada s’engageait en 1949 à participer au renforcement de la défense aérienne de l’Europe dans le cadre de ce qui deviendra l’OTAN. À cette fin, l’Aviation royale royale canadienne (ARC) devait déployer douze escadons de chasse en France et en Allemagne de l’Ouest. Pour faire face au tout nouveau MIG-15, l’ARC devait impérativement se doter d’avions de chasse performants afin de remplacer ses P-51 Mustang et D.H.100 Vampire. À cette fin, le gouvernement canadien obtint les droits de fabrication du North American F-86 Sabre. Canadair se vit confier le mandat de développer une chaîne de production de ce qui était alors considéré comme le meilleur avion de chasse occidental. Pas en proie à la triskaïdékaphobie, les dirigeants de Canadair le désignèrent CL-13 Sabre.

Le 9 août 1950, le Canadair Sabre Mk.1 effectue son vol initial à Montréal avec le pilote d’essais Alexander John Lilly aux commandes. Le lendemain, il devient le premier canadien à franchir le mur du son lorsque cet avion de pré-série plonge du haut de 15 000 mètres.

Canadair Sabre Mk.1

Afin de répondre à une première commande de 350 appareils pour l’ARC, les premiers Sabre Mk.2 sont livrés à compter du printemps 1951. Essentiellement similaire à son équivalent américain, les ingénieurs de Canadair intègrent néanmoins deux améliorations à cette première version de série du CL-13: un stabilisateur arrière monobloc et des contrôles assistés. En pleine guerre de Corée, une soixantaine de Sabre Mk.2 sont également livrés à l’USAF qui a un urgent besoin de renforts. Ces appareils canadiens sont désignés F-86E-6-CAN.

Canadair Sabre Mk.2

Dès le départ, le gouvernement canadien souhaitait que le CL-13 soit doté du réacteur Orenda de conception canadienne en développement pour l’intercepteur CF-100 Canuck. Avec un fuselage de diamètre légèrement supérieur au Mk.2 afin de loger un réacteur Orenda 3 encore à l’étape de prototype, le Sabre Mk.3 réalisa ses premiers vols d’essais en juin 1952. C’est aux commandes du Sabre Mk.3 que l’américaine Jacqueline Cochcran devint la première femme au monde à franchir le mur du son en mai 1953. Alors qu’elle souhaitait battre le record de vitesse détenu par la française Jacqueline Auriol, «Jackie» Cochran tenta d’emprunter un F-86 Sabre de l’USAF qui refusa. Les autorités canadiennes firent preuve de plus d’ouverture et l’unique exemplaire du Sabre Mk.3 se retrouva en Californie accompagné d’une équipe de techniciens de Canadair afin de soutenir l’aviatrice américaine.

Jacqueline Cochran et Canadair Sabre Mk.3

Bien que les essais du Sabre Mk.3 s’avéraient concluants, la production des premiers réacteurs Orenda de série ne débuta pas à temps pour équiper la nouvelle version du CL-13. Le Sabre Mk.4 conservait donc le réacteur américain General Electric J-47-GE-13, mais incorporait de nouvelles améliorations notamment au chapitre de la climatisation de la cabine ainsi que des systèmes de navigation et de visée des mitrailleuses. Cette nouvelle version vola pour la première fois en août 1952. En plus de rejoindre des unités de l’ARC, plus de 300 exemplaires du Sabre Mk.4 étaient également destinés à la Royal Air Force (RAF) qui ne disposait que de désuets Gloster Meteor et D.H.100 Vampire pour faire face aux redoutables MIG-15. La carrière du CL-13 Sabre au sein de la RAF ne dura que quelques années puisque le gouvernement britannique favorisa leur remplacement par des avions domestiques, tels les Supermarine Swift et Hawker Hunter. Les Sabre Mk.4 démobilisés par la RAF furent en grande partie repris par l’USAF puisque les États-Unis avaient financé leur achat, l’économie de la Grande-Bretagne étant encore exsangue suite à la guerre. Près de 200 de ces Sabre Mk.4 furent par la suite cédés à la force aérienne italienne alors en reconstruction. Environ 120 Sabre Mk.4 voleront même sous la cocarde d’un pays communiste non-aligné, soit la Yougoslavie.

Canadair Sabre Mk.4 de la RAF
Canadair Sabre Mk.4 / Yougoslavie

Volant pour la première fois en juillet 1953, le Sabre Mk.5 fut la première version du CL-13 équipé d’un réacteur Orenda 10 de série produit par Avro Canada. Cette motorisation lui conférait un très net avantage en vitesse ascensionnelle et en plafond pratique sur les versions précédentes. Le Sabre Mk.5 présentait également une augmentation phénoménale de la manœuvrabilité grâce à l’augmentation de la corde de l’aile ainsi qu’à l’ajout d’une petite cloison verticale sur l’extrados. Canadair assembla 370 Mk.5 dont la plupart remplacèrent les CL-13 de version antérieure équipant les escadrons de l’ARC déployés en Europe.

Canadair Sabre Mk.5

Version ultime du CL-13 dont les premiers exemplaires furent assemblés à compter de novembre 1954, le Sabre Mk.6 était doté d’un réacteur Orenda 14 encore plus puissant. La réapparition des becs de bord d’attaque, abandonnés sur la version Mk.5, lui procurait aussi de meilleures caractéristiques de vol à basse vitesse. Considéré comme le meilleur chasseur Sabre jamais construit, le Mk.6 remplaça rapidement les versions précédentes du CL-13 en usage au sein de l’ARC. Aussi, 225 exemplaires du Sabre Mk.6 furent acquis par la Luftwaffe nouvellement reconstituée et qui disposait déjà de 75 appareils Mk.5 cédés par l’ARC à des fins de formation des pilotes. Les Sabre Mk.6 en usage à la Luftwaffe furent éventuellement modifiés afin d’être armés de missiles Sidewinder.

Canadair Sabre Mk.6
Canadair Sabre Mk.6 avec missile Sidewinder

Dans une véritable course aux armements, Canadair a fabriqué 1 815 appareils CL-13 Sabre entre 1950 et 1958, atteignant une cinquantaine d’appareils par mois au pic de production. Le dernier Sabre Mk.6 quitta la chaîne d’assemblage le 9 octobre 1958. L’entreprise Canadair qui avait été mise sur pied durant la deuxième Guerre mondiale pour fabriquer des avions amphibies Canso, la version canadienne du PBY Catalina, connût une croissance phénoménale durant la guerre froide. L’expérience acquise grâce au CL-13 Sabre et lors de la production simultanée de plus de 650 CL-30 Silver Star permit à Canadair de relever ses prochains défis, soit la production du CL-90 Starfighter et le développement du CL-41 Tutor. Aussi, l’impulsion donnée par le programme CL-13 Sabre fera éventuellement de Montréal la technopole aéronautique que l’on connaît aujourd’hui.

En 1969, l’ARC retira du service ses derniers Sabre Mk.6. Les diverses versions du CL-13 équipèrent les forces aériennes d’une douzaine d’autres pays: Afrique du Sud, Allemagne de l’Ouest, Bangladesh, Colombie, États-Unis, Grande-Bretagne, Grèce, Honduras, Italie, Pakistan, Turquie et Yougoslavie. Aujourd’hui on peut admirer des exemplaires du CL-13 Sabre conservés dans divers musés. Un certain nombre de CL-13 restaurés font également le bonheur des amateurs de spectacles aériens. Soigneusement entretenu par l’organisme Ailes d’époque du Canada, sans doute le plus élégant de ces CL-13 en état de vol est un Sabre Mk.5 aux couleurs de la patrouille acrobatique des Golden Hawks. Sur la carlingue de cet appareil, le nom de Al Lilly est discrètement affiché afin de rappeler son exploit d’il y a 70 ans.

Canadair Sabre Mk.5
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3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,

    Il y a un Canadair Sabre mk6 en France.

    Je reprends le début d’un article :
    « Le collectionneur avignonnais Frédérick Akary a reçu cette semaine le Canadair CL-13 Sabre Mk 6 (sn S6-1675) en provenance des USA. »

    C’était en février 2019.

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