La rumeur court depuis plusieurs semaines maintenant, mais elle se fait de plus en plus insistante. La Grèce se préparerait à commander entre douze et dix-huit avions de combat Dassault Aviation Rafale auprès de la France. Deux scenarii existent aujourd’hui autour de cette hypothétique décision d’achat. Dans les deux cas c’est l’expansionnisme turc en Méditerranée qui semble motiver Athènes.

En fait de tels bruits de couloirs existent depuis le début de l’année 2020 mais ont vraiment pris un coup d’accélérateur en juin. Et plus encore depuis quelques jours. Le Dassault Aviation Rafale pourrait donc faire son entrée très prochainement dans l’arsenal grec.
On le sait ce pays est un fidèle client de l’avionneur clodoaldien. Il a fait voler des Mirage F1CG et puis des Mirage 2000EG/BG et Mirage 2000-5. Le Rafale y a donc logiquement sa place.
Sauf qu’économiquement parlant la Grèce est aujourd’hui un des pays les plus exsangues de l’Union Européenne et de l’OTAN. La crise de la dette publique a ruiné le pays entre 2008 et 2015, obligeant l’UE a lancé un vaste plan de sauvetage financier. D’ailleurs sans l’aide de la France la Grèce serait sans doute aujourd’hui au 36e dessous.

Aujourd’hui la Grèce va mieux et cette décision d’acquérir des Rafale pourrait sonner comme un renvoi d’ascenseur. C’est vrai et faux à la fois. Car en effet les Grecs ont bien l’intention de répondre favorablement à la France en achetant de nouveaux matériels de défense auprès d’un de leurs fournisseurs habituels d’armement. Mais dans le sens inverse le biréacteur tricolore est également une forme de pis-aller pour la force aérienne hellène. C’est sans doute le F-35A Lightning qu’elle aurait souhaiter acheter. Mais là sa santé financière est encore trop fragile pour Lockheed-Martin et son avion furtif.

Deux possibilités existent aujourd’hui pour les Grecs autour du Rafale : une option à douze avions neufs ou une à dix-huit avions mélangeant machines neuves et machines de seconde main.
La première concernerait donc douze avions au standard F3, on parle de dix monoplaces et de deux biplaces, achetés auprès de Dassault Aviation et livrés d’ici à 2024. Ça c’est l’option disons habituelle pour acheter des avions de combat en France.
La seconde est pilotée par l’Élysée et le ministère des Armées. Elle consisterait en dix Rafale là encore au standard F3 et à encore neufs mais également en huit avions au standard F2 prélevés sur les stocks de l’Armée de l’Air et rapidement livrés à la Grèce après un court passage par les ateliers de l’avionneur. Certains câblages et équipements français étant impossibles à exporter pour des raisons de sécurité nationale leur dépose deviendrait obligatoire.

Cette seconde option pose la question du taux de disponibilité des avions dans l’Armée de l’Air. Nos Rafale sont déjà en flux tendus entre les missions du quotidien au-dessus du territoire national (dissuasion nucléaire et défense aérienne) autant qu’avec l’opération extérieure Chammal en zone irako-syrienne.
Mais il est aussi évident que le Rafale donnerait un avantage certain en matière de supériorité aérienne aux pilotes grecs vis à vis de leur principale ennemie : la Turquie. Et celle-ci se fait de plus en plus menaçante en Méditerranée orientale. Des Rafale grecs permettraient sans doute de calmer un peu les ardeurs des pilotes turcs.

Donc quoiqu’il en soit un futur (hypothétique ?) contrat Rafale entre la France et la Grèce serait forcément intéressant pour notre économie. Mais surtout il serait assez inattendu dans sa forme. Ce pays deviendrait le premier en Europe, en dehors de la France, à aligner l’avion omnirôle. Qui a dit le seul ?
Pour mémoire deux autres pays s’intéressent actuellement de près à l’avion : le Bangladesh et l’Indonésie.

Photo © Armée de l’Air

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15 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Ma question porte sur le coût unitaire du Rafale comparé à celui du F35.
    Suivant les sources, pour un Rafale, en fonction des versions, le coût HT, semble varier entre 58 et 68 millions d’euros.
    Le coût d’un F35 (quelle version ?) semble devoir passer sous les 80 millions de dollars (HT ?), soit environ 67 millions d’euros.
    L’écart de prix entre les deux appareils ne semble pas si significatif que ça.
    Un article ou des informations fiables sur cette comparaison existent-ils ?
    Cordialement
    Alain

  2. Ne pas oublier la Suisse et la Finlande où le Rafale a encore toute ses chances.
    La Grèce devait déjà s’équiper du
    Rafale, c’était prévu dans les années 2000 mais c’était sans compter sur la crise de 2010.
    Les 8 Rafales de seconde main dans la commande de 18 avions seraient tout simplement un don. Cela permettrait à l’armée de l’air de ne pas moderniser ces 8 avions et ce gain d’argent couplé à la vente de 10 autres Rafales neufs, permettrait de financer l’acquisition de 10 Rafales flambant neuf.

  3. Tiens, je croyais que tous les Rafale avaient déjà été passés au standard F3 dans l’armée française ? Et que l’on arrive sur du F4 ?
    Concernant le F35 est-ce vraiment un choix raisonnable, car que lui restera-t-il dans quelques années, lorsque l’évolution annoncée des radars militaires aura raison de sa furtivité ? A part son coût ?

    • Depuis un an et demi la France procède à la mise à niveau au standard F3-R de tous ses Rafal.e
      Pour ma Marine la fin de ce rétrofit est prévue à l’été 2021.
      Pour l’Armée de l’Air je ne connais pas la date d’achèvement de cette mise à niveau;. Je suppose qu’elle est en cours.

  4. La Grèce est en surveillance renforcée financière par l’Union européenne jusqu’en 2022 ,le dirigeant de ce comité est allemand,le fait que la Grèce a vu une partie de sa dette effacée à des comptes à rendre et sur ces bases là mieux vaut être prudent les rafales sont pas encore dans le Péloponnèse

    • En quoi le fait que le comité de pilotage soit animé par un Allemand a quoi que ce soit à voir avec ces Rafale ? Les questions liées à la défense nationale grecque ne sont pas aux mains de l’UE et de ses aides.

    • @Combo two : Je ne vois pas l’Allemagne interdire à la Grèce l’achat de matériels militaires pour défendre des ressources de gaz. Bien au contraire ! Par contre j’imagine bien l’Allemagne ajouter d’une part une close sur le prix d’achat de ce gaz à prix cassé et d’autre part proposer un prêt pour acheter les Rafales à la France (histoire de rendre service hein ?).
      Ce serait du gagnant gagnant (et gagnant) :
      – L’Allemagne en octroyant un prêt augmente son influence sur la politique économique des Grecs. Elle fait plaisir à la France en montrant qu’elle s’implique dans la défense Européenne sans montrer le bout d’un canon (cela flatte aussi l’opinion de la population allemande) et s’arroge des prix cassés pour le gaz en diminuant sa dépendance vis à vis de la Russie (ce qui va faire plaisir aux USA).
      – La Grèce est en mesure de faire les gros yeux et montrer les muscles face à la Turquie. Elle acquière des ressources naturelles permettant de dynamiser son économie et de diminuer sa dette.
      – La France se montre en preux chevalier de l’Europe, défenseur du faible et de l’opprimé, championne de la défense du droit international. Elle vend entre 12 et 18 appareils, de quoi faire tenir une année de plus les chaînes de montage du Rafale. Si en plus un Rafale descend un F-16 Turc (ça c’est du domaine du très hypothétique car les pilotes Turcs ne sont pas fous) Dassault se fait de la pub gratuite qui tournera en boucle sur les chaînes TV indiennes (Le Pakistan possède des F-16).
      Et si la Grèce achetait US… Ben la France serait à l’image du coq : fier la tête haute (pleine de convictions) et les pattes dans le fumier…

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