Quand l’information a commencé à fuiter il y a 48 heures on a cru à un gag, à une mauvaise blague. On sait depuis plusieurs mois maintenant que la Belgique n’aime pas le NHIndustries NH-90 Caïman, qu’elle trouve inadapté à ses besoins. On ignorait par contre que pour remplacer ceux-ci elle souhaitait acquérir des Sikorsky MH-60R Seahawk, un hélicoptère américain d’une conception bien plus ancienne puisque remontant aux années 1980. Bruxelles aurait aussi l’intention de commander un petit lot d’hélicoptères de transport lourds Sikorsky CH-53K King Stallion, un appareil encore inédit en Europe puisque rejeté par les Allemands !
Theo Francken a encore frappé ! Le très populiste et atlantiste ministre belge de la défense choisit donc Lockheed-Martin, via sa filiale voilures tournantes Sikorsky. En fait il prétend vouloir conserver les NH-90NFH Caïman en dotation dans la Force Aérienne Belge, au nombre de quatre, et les employer exclusivement pour des missions SAR. C’est à dire de recherches et de sauvetages en mer. Sachant que ces hélicoptères ont été pensé pour être bien plus polyvalents, avec des capacités accrues de combat maritime comme c’est le cas en France ou encore aux Pays-Bas.
Afin de mener ses futures missions anti-sous-marines et anti-navires la Belgique devra compter sur un petit lot de sans doute six hélicoptères de facture américaine MH-60R Seahawk. Celui-ci étant la dernière évolution du vénérable SH-60 entré en service dans l’US Navy en 1984.
Pour autant le MH-60R est un appareil particulièrement efficace et moderne, les Américains et les Indiens en étant friands. Ses capacités d’emport du missile AGM-114 Hellfire en font un outil parfait pour la lutte anti-piraterie.
La grosse surprise, de taille même, c’est l’intérêt de la Belgique pour le CH-53K King Stallion, du même hélicoptériste Sikorsky. On savait que Theo Francken, encore lui, souhaitait doter son pays d’une petite flotte d’hélicoptères de transport lourd mais on était à mille lieux de se dire qu’il se tournerait vers la nouvelle monture du corps des Marines. D’abord parce qu’en dehors d’Israël qui l’a commandé le CH-53K est plutôt un échec commercial et ensuite parce que d’autres alternatives existent, beaucoup plus interopérables avec les alliés de la Belgique.
Le Boeing Vertol CH-47F Chinook aurait semblé un choix logique tandis que l’Agusta-Westland AW.101 Merlin aurait été une solution pragmatique et européenne.
Définitivement l’atlantiste Francken ne veut pas entendre parler de l’industrie aéronautique européenne. Sinon il aurait compris que le dit AW.101 Merlin est un excellent hélicoptère de transport lourd, comme le Merlin HC.3A/I de la Royal Air Force l’a démontré. Pour ce qui est du combat maritime il aurait au moins laissé leurs chances aux Airbus Helicopters H160M Guépard et Agusta-Westland AW.159 Wildcat. Mais non car Theo Franken n’est pas un type pragmatique, c’est un idéologue ! Et la sienne c’est un nationalisme flamand qui se dilue de plus en plus dans le trumpisme.

Alors bien sûr on nous rétorquera que la Belgique a récemment choisi l’Airbus Helicopters H145M, dont les premiers exemplaires sont attendus dans les semaines à venir. Mais là pas de bol les Américains ne font aucun hélicoptère meilleur que lui, les Belges n’avaient donc pas le choix… au risque de se ridiculiser.
Une chose est sûre si la Belgique va au bout de sa démarche sa flotte d’hélicoptères sera un cauchemar à entretenir. Entre les CH-53K King Stallion, les MH-60R Seahawk, les H145M, et les NH-90NFH en micros flottes à chaque fois les mécanos vont s’arracher les cheveux. Le pragmatisme ça s’apprend… visiblement Theo Franken a séché les cours ce jour là.
Affaire à suivre.
Photos © US Marines Corps et US Navy
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.













5 réponses
Bonjour Arnaud,
Encore merci pour l’article. J’ai cependant une question : d’où vient ce rejet du NH-90 presque sous toutes ses formes et dans bcp de pays au final? J’avoue ne pas comprendre. J’ai lu que la disponibilité des NH-90 de la Royale n’était pas bonne du tout.
C’est ça le pb?
Merci d’avance
Cordialement
D’abord tous les pays ne rejettent pas le NH-90. En France la Marine Nationale a dû s’habituer à lui ça va mieux. Des pays comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, ou encore les Pays-Bas ne tarissent pas d’éloges sur lui. De même avec à l’export la Nouvelle-Zélande ou encore Oman. Le NH-90 est un hélico dit-on exigeant il faut donc s’y habituer. En France l’ALAT voit de plus en plus en lui le digne successeur du Puma.
Toujours dit que le gars est un pur génie, acheter des MH60R quand tu as et auras les mêmes frégates de la marine néerlandaise qui elle embarque du NH90 et qui en a commandé d’autres exemplaires… Puis prendre des CH53K mais pour faire quoi ? Le génie ne l’a toujours pas expliqué. Pour confirmer Mr. Arnaud ici en Italie on ne tarit pas d’éloges sur le NH90 qui sont les bêtes de somme si de l’esercito que de la marina.
Il y a des jours où la Belgique donne l’impression d’avoir une boussole très fiable : l’aiguille pointe toujours vers l’Ouest, surtout quand l’Ouest vous parle mal.
Parce que, soyons honnêtes, il y a quelque chose de presque fascinant dans la constance de notre ministre de la Défense, membre de la N-VA, (parti nationaliste flamand) : plus Donald Trump se montre agressif, plus il souffle le chaud et le froid sur l’Europe, plus il hausse le ton comme un voisin qui vient “expliquer la vie” à tout le quartier… plus, mystérieusement, la Belgique se rapproche. Comme si l’hostilité était une forme de tendresse. Comme si se faire secouer valait certificat de protection.
Dernier exemple en date, en dehors des hélicoptères : l’achat du Cessna 408 SkyCourier. On avait pourtant, paraît-il, des options européennes solides, éprouvées, avec une logique qui n’aurait pas fait grimacer la logistique. Et puis, à la dernière seconde, paf : l’Américain. Sorti du chapeau. Et pas avec un sourire gêné du genre “oups, quelle coïncidence”, non : avec le sourire triomphant de quelqu’un qui ne signe pas seulement un contrat, mais un message. Une petite carte postale diplomatique : “Regardez, je choisis.”
À partir de là, la mécanique devient plus lisible : en Belgique, un achat militaire ne sert pas uniquement à voler, à transporter, à secourir ou à combattre. Il sert aussi à afficher une position, à contrarier l’adversaire intérieur, à solder un vieux dossier politique, à faire comprendre qu’on a “repris la main”. On n’est pas toujours dans l’ingénierie. On est souvent dans la psychologie.
Pour se représenter la scène, on peut imaginer un vieux couple, la Belgique et l’Europe, qui se supportent depuis longtemps. L’Europe n’est pas angélique, loin de là : elle peut être pesante, controversée, parfois même franchement menaçante, avec ce ton de “c’est pour ton bien” qui donne envie de claquer une porte. Green Deal, voiture électrique, Mercosur… l’Europe adore les grandes orientations, les impératifs moraux, les calendriers imposés au nom de la pédagogie. La Belgique, elle, n’est pas une innocente non plus : elle a ses démons communautaires, plusieurs voix dans la même tête, qui transforment une discussion technique en test d’appartenance. La question cachée n’est pas toujours “qu’est-ce qui fonctionne le mieux ?”, mais plutôt “qui l’a choisi ? quand ? dans quelle langue ? et est-ce que cela va faire enrager l’autre ?”.
Et pourtant, quand il s’agit de protéger ses intérêts directs, la Belgique sait parfois dire non à l’Europe. On l’a vu dans le dossier des avoirs russes gelés : lorsque l’idée d’aller plus loin a circulé, la Belgique a freiné. Pas par tendresse pour les oligarques russes, mais par réflexe de survie : “Très bien pour les postures héroïques, mais si cela tourne mal, qui prend le risque juridique et financier en pleine figure ?” Sous-entendu : pas question que tout retombe sur son paillasson. L’Europe a reculé, preuve que, quand la Belgique veut résister, elle peut.
C’est d’ailleurs là qu’on ne peut pas s’empêcher d’avoir un petit sourire : si la Belgique arrive à faire reculer l’Europe à coups de prudence et d’instinct de conservation, on se demande parfois pourquoi Paris, avec le poids de la France, agit comme si le bouton “faire reculer l’Europe” n’existait pas. Spoiler : il existe. Et on peut l’utiliser… si le président Macron le veut bien. Entre “avoir du poids” et “s’en servir”, il arrive qu’il y ait un monde. Et quelques discours.
Ce qui rend le tableau encore plus savoureux, c’est que la Belgique peut tenir tête à l’Europe, tout en se montrant étonnamment conciliante avec le voisin d’outre-Atlantique. Ce voisin, c’est Trump : bruyant, direct, persuadé que tout le monde lui doit quelque chose, et très doué pour vendre des solutions “simples” qui se paient longtemps. Il vous explique que vous êtes faibles, puis vous propose de vous renforcer… en achetant chez lui. Et la Belgique (et d’autres), au lieu de lever un sourcil, trouve cela rassurant, comme si le mépris faisait partie du service après-vente.
Sauf qu’il y a un détail qu’on oublie souvent dans les brochures : acheter américain, c’est aussi accepter que l’utilisation du matériel — pièces, mises à jour, autorisations, soutien — dépende, au final, du bon vouloir de Washington… et donc, très souvent, de l’humeur du moment de M. Trump. On appelle ça l’interopérabilité, version “tu peux démarrer si je te donne les clés”.
Dans ce décor, le NHIndustries NH-90 est devenu l’ex parfait : brillant, sophistiqué, mais épuisant au quotidien. Maintenance lourde, immobilisations, complexité, coût à l’heure de vol qui fait tousser avant même de démarrer… Sur le principe, vouloir simplifier, ça se défend. Sauf, qu’ici, la critique ne s’arrête pas au technique : le NHIndustries NH-90 a un défaut supplémentaire, presque métaphysique, il est européen. Et surtout, il traîne une valise politique, puisqu’il rappelle une période, des décisions antérieures, un choix attribué à un ministre socialiste francophone. Bref, l’occasion rêvée de transformer une discussion d’ingénieurs en règlement de comptes.
Dans un pays “normal”, on dirait : “On a un problème de disponibilité, on corrige, ou on remplace.” En Belgique, on ajoute : “Et puis, de toute façon, ça vient d’eux.” Et la phrase a déjà gagné.
La suite paraît donc “logique” : on évoque le Sikorsky MH-60R Seahawk. Très bien. Mais la réalité revient, têtue, avec une question simple, brutale, ingrate, celle qui distingue un discours d’un hangar : est-ce que ça rentre ? Parce que des frégates ont été pensées autour du NHIndustries NH-90, et les infrastructures, l’organisation, les habitudes ne se redessinent pas avec un communiqué. La logistique, elle, n’a pas d’idéologie : elle a des dimensions, des procédures, des stocks, des formations. Et quand on commence à multiplier les micro-flottes, on ne modernise pas : on fabrique un casse-tête.
Même musique pour le Sikorsky CH-53K King Stallion : on reproche au NHIndustries NH-90 son coût à l’heure de vol, puis on lorgne un mastodonte énorme, avec peu d’utilisateurs potentiels autour, donc une chaîne de pièces qui risque d’être tout sauf simple. Pendant ce temps, l’option Boeing CH-47 F Chinook a un argument terriblement ennuyeux, donc terriblement utile : plus de voisins qui l’utilisent, donc davantage de synergies et une logistique potentiellement plus rationnelle. Mais voilà : le pragmatisme ne sert pas de message, il ne froisse personne, il ne permet pas de “gagner” symboliquement.
Et comme toute bonne série a droit à une nouvelle saison, voici déjà le teaser du prochain épisode : le SCAF. Enfin, “teaser”, façon Belgique : plutôt “on envisage l’abandon”, “on laisse entendre que”, “on met sur pause sans dire pause”, bref, le suspense est surtout administratif. Le raisonnement, lui, est simple : le SCAF aurait un défaut rédhibitoire, il porte l’odeur du contrat négocié par le ministre précédent, et comme ce ministre était socialiste et francophone, cela suffirait à prouver scientifiquement que c’était une mauvaise idée ; pas besoin d’audit, pas besoin d’analyse capacitaire, l’étiquette fait foi. En Belgique, certains contrats ne vieillissent pas, ils “appartiennent” à quelqu’un, et quand ils appartiennent à “l’autre camp”, ils deviennent soudain toxiques, comme un yaourt dont la date serait écrite en rouge. Et, bien entendu, le contexte tombe à pic : en profitant du désaccord Paris-Berlin, le ministre de la Défense peut présenter la sortie du SCAF comme une décision “pragmatique”, presque inévitable, alors qu’elle ressemble surtout à une occasion en or de se débarrasser d’un dossier estampillé “contrat d’avant”. Dans ce genre de moment, le conflit entre grands voisins devient une excuse parfaite : ce n’est pas qu’on renonce, c’est “eux” qui ne s’entendent pas, et pendant que les deux se chamaillent, nous, on change de table.
La conséquence est presque automatique : si ce n’est pas européen, c’est plus simple. Et si c’est américain, c’est encore mieux. “Au moins, c’est clair.” Oui, clair comme une dépendance, avec le petit rappel discret : usage plein et entier du matériel, soutien, mises à jour, autorisations… tout cela peut rester suspendu au bon vouloir de Washington, et à l’humeur du moment.
Au fond, la politique d’achats ressemble parfois à un mode d’emploi écrit au marqueur sur la porte du frigo : européen, compliqué ; héritage d’un ministre socialiste francophone, suspect ; Trump, rassurant ; américain, élégant ; et si, en plus, ça agace quelqu’un à l’intérieur du pays, parfait. Le plus ironique, c’est que la Belgique sait dire non à une Europe menaçante quand il s’agit de protéger ses intérêts, mais quand il s’agit d’acheter du matériel, elle oublie parfois cette fermeté et préfère le geste qui claque. Pas forcément le plus cohérent. Juste celui qui permet de sourire… triomphalement.
Merci, M. Francken.
La prochaine fois vous synthétisez votre commentaire. Les tartines c’est bon au ptit déj’, c’est tout.