À quelques jours de l’ouverture du salon Aero India 2021 l’information n’est pas à prendre à la légère. Les autorités fédérales américaines ont autorisé l’avionneur Boeing à avancer le chasseur multi-rôle F-15EX Advanced Eagle pour le programme MRFA. Outre le fait que cela consiste donc en un nouveau challenger la question du Make-in India se pose clairement avec cette machine. Reste à savoir si l’Indian Air Force sera séduite par le camion à missiles air-air des ingénieurs de Seattle.

Aux États-Unis il existe deux possibilités pour un avionneur de proposer un avion de combat à une puissance étrangère : avoir la licence de commercialisation à l’export ou ne pas l’avoir. Dans le premier cas c’est le constructeur lui-même qui négocie avec le pays en question, dans le second cas c’est l’administration américaine qui s’en charge. Boeing et son nouveau F-15EX Advanced Eagle entrent donc désormais dans la première catégorie.

En fait cette proposition du F-15EX n’est pas une découverte, on sait que Boeing vise l’Indian Air Force depuis quelques mois. C’est le timing, ici, qui est parfait. Nous sommes à moins d’une semaine de l’inauguration d’Aero India 2021, l’un des rares grands salons aéronautiques maintenus cette année. Et dans ses allées le nom de l’Advanced Eagle a de grandes chances d’être sur toutes les lèvres.

En rejoignant désormais quasi officiellement le programme MRFA, pour Multi-Role Fighter Aircraft, Boeing relance un peu plus la compétition face à ses concurrents déjà connus : Dassault Aviation, Lockheed-Martin, et Saab. Particularités tous trois ont déjà noué des accords plus ou moins avancés avec des industriels indiens en vue de respecter au maximum la politique du Make-in India voulue par Narendra Modi. Que ce soit le F-21 Viper, le JAS 39E/F Gripen, ou le Rafale des entreprises indiennes sont intégrées dans leur usinage.
Gros avantage pour Dassault Aviation : les Indiens connaissent déjà l’avion et ses remarquables capacités opérationnelles.
Une inconnue cependant persiste : la présence ou l’absence au final du chasseur russe de supériorité aérienne Sukhoi Su-35 Flanker-E.

Car sa seule présence dans le concours pourrait voir disparaitre Boeing et Lockheed-Martin de celui-ci. Non pas que les Américains pensent que leurs avions respectifs sont inférieurs au meilleur avion de combat russe du moment. En fait il s’agirait plutôt de se retrouver en opposition directe avec la fameuse loi dite CAATSA (pour Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) passée en juillet 2017 par l’administration Trump et non révoquée par Joe Biden. Si on en croit CAATSA l’achat de matériels militaires auprès des trois pays visés par cette loi (Corée du nord, Iran, et Russie) entraînera de facto des rétorsions économiques voire militaires de la part de Washington DC. Plus largement CAATSA exige que les industriels américains n’entrent pas en concurrence avec ceux des trois pays en question.
D’où le risque de retrait des F-15EX et F-21 en cas de présence du Su-35. Sans compter en plus que l’Inde a acquis il y a quelques mois des systèmes de défense anti-aérienne d’origine russe.

Pour autant le fait que l’administration Biden ait accordé la licence de commercialisation à l’export du F-15EX Advanced Eagle pourrait laisser entrapercevoir une opportunité sur la vision de CAATSA par le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Joe Biden irait t-il jusqu’à bientôt abolir cette loi ? Pas forcément évident, mais il peut aussi décidé de l’annuler pour des vices de formes, comme cela avait été proposé en février 2018 par ses amis sénateurs démocrates.

On voit donc que l’apparition du F-15EX Advanced Eagle va sans doute rebattre un peu les cartes, mais pas totalement. En effet en l’absence d’une réelle transparence quant au Make-in India par Boeing les chances de son chasseur ne sont pas supérieures à celles des autres compétiteurs.
Les médias indiens continuent d’ailleurs à placer l’avion français en tête des challengers. En outre beaucoup soulignent logiquement que le F-15EX entrerait en compétition direct avec le Sukhoi Su-30MKI Flanker-C, actuellement le principal chasseur indien avec plus de 250 exemplaires en service. La redondance n’est jamais bon dans une force aérienne contemporaine.

Illustration © Boeing.

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4 COMMENTAIRES

  1. Cher Arnaud.
    Le principal intérêt d’un chasseur, c’est son système d’armes. Et même si celui de la dernière mouture du F15 est.sans commune mesure avec les F16 pakistanais, cela ferait rentrer dans les stocks Indiens des armes US en grand nombre.
    Et malgré la compatibilité des systèmes du Rafale avec les normes OTAN, peu de tests ont été réalisés pour un usage réel. Donc chaque avion aurait ses armes exclusives, et alourdirait la logistique.
    Alors la question est : l’Inde veut elle les mêmes armes que le Pakistan.
    Et le Pakistan ne réaliserait une plus grand rapprochement vers la Chine ?

    • Si l’équipement mono-chasseur du force aérienne est un atout incontestable d’un point de vue logistique et économique, j’ai vu le youtuber indien « Millenium 7 » se questionner et se demander si les nations (occidentales) qui on fait ce choix, ne faisaient pas une erreur d’un point de vue opérationnel.
      En effet on peut se demander si une telle force aérienne serait plus facilement contrable qu’une force plus diversifiée.
      Je ne sais pas répondre à cette question mais selon cette réflexion, ça pourrait avoir su sens d’un point de vue opérationnel de prendre du viper ou de l’advanced eagle.

      • Ils ont déjà des mig 21, des jaguars, des mig 29, des sukhois 30mki, des mirages 2000, des tejas et des rafales.
        Leur plus gros besoin est de permettre aux différents systèmes de communiquer. Par ailleurs, ils veulent des missiles à plus longue portée pour leurs appareils sukhois 30. La plus value du F15 semble faible dans ce contexte.

        • Le MiG-21 Fishbed bientôt ils ne le possèderont plus, et ensuite ce sera le tour du Jaguar IS. Ces avions sont vieillissant pour une aviation comme l’Indian Air Force.

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