Dassault Aviation peut-il faire capoter le méga contrat Rafale avec l’Inde ?

Quand on parle contrats d’acquisition d’avions de combat avec les Indiens il faut s’attendre à ce que les barres soient mises aux T, les points sur les I, et les virgules en bonnes places. Dire qu’ils sont tatillons est encore très en dessous de la réalité mais quand le chèque signé se compte en dizaines de milliards d’euros cela se comprend parfaitement. Dernier écueil en date le code source des Rafale F4 que les Indiens demandent sur lesquels Dassault Aviation reste droit dans ses bottes, refusant de le fournir au futur client. Rappelons qu’il est tout de même question de cent quatorze avions de combat !

Cent quatorze avions de combat ce n’est pas tous les jours qu’un avionneur fait ça avec un client étranger. Pour Dassault Aviation c’est extraordinaire, mais même pour Boeing, Lockheed-Martin, ou encore Sukhoi ça le serait. Et puis l’Inde n’est pas un client comme les autres. La superpuissance démographique est cliente de l’avionneur français depuis l’Ouragan jusqu’au Mirage 2000 et au Rafale actuels. Ça c’est de la fidélité.

Aussi quand on est un client avec une telle histoire on peut aisément avoir quelques caprices vis-à-vis d’un constructeur. D’où le code source du Rafale que les Indiens réclament à cœurs et à cris et que les Français leur refusent. Rappelons que notre animal totem est un gallinacé qui continue de «chanter quand il a les pattes dans la merde» si on en croit l’homme d’état George Clémenceau. L’obstination est donc un trait de caractère bien français. Et si finalement cela nous coûtait le contrat Rafale F4 ?

C’est en substance ce que plusieurs médias indiens laissent à sous-entendre, et ce même si tous conviennent qu’il n’existe aucun plan B au sein de l’Indian Air Force. C’est donc le Dassault Aviation Rafale F4 ou… rien !

Mais au fait c’est quoi ce code source exactement ?
Rien à voir avec le film américain de SF sorti il y a 15 ans avec Jake Gyllenhaal et Michelle Monaghan en tête d’affiche. On parle ici de technologie informatique, un truc omniprésent dans les chasseurs de génération 4.5 comme notre Rafale national. Il s’agit d’une suite de données permettant des updates, des mises à jours et même des modernisations de programmes liés l’avionique du chasseur. Les Indiens demandent l’accès à trois codes sources différents sur le Rafale F4 afin de pouvoir eux même y apporter des évolutions maisons.

En premier lieu c’est l’EMTI, l’Ensemble Modulaire de Traitement de l’Information, parfois à tort appelé MDPU, qui permet la fusion de l’ensemble des données de mission de l’avion. En deuxième on parle du SPECTRA, le Système de Protection et d’Évitement des Conduites de Tir du Rafale, véritable cerveau de guerre électronique et de contremesures du chasseur français. Enfin en troisième lieu il est question du Thales RBE2, le radar à antenne active de l’avion. Ce ne sont donc pas trois petits équipements auxquels les ingénieurs indiens veulent avoir accès.

Alors depuis quelques semaines que la bisbille entre Français et Indiens a été révélée autour du code source on a lu et entendu beaucoup de… enfin vous voyez quoi. Des propos dignes de piliers de comptoirs totalement avinés n’y connaissant que dalle en aéronautique et prenant les Indiens pour des demeurés de première.
À priori non l’Inde ne va pas refiler le code source Rafale aux Russes et encore moins aux Chinois comme certains, y compris des élus de la République ont pu l’avancer, et ensuite non Hindustan Aircraft Limited n’a pas l’intention de réaliser une copie hors licence du Rafale avec ces trois codes sources.
Alors pourquoi les Indiens en auraient besoin ?

D’abord sans doute en retour d’expérience de leur emploi du Rafale F3 afin d’améliorer sensiblement l’arsenal de l’avion en y ajoutant des munitions qui n’en font actuellement pas partie. On pense notamment à des missiles d’origine locale et/ou russe et à des bombes guidées russes en dotation dans les rangs indiens.
On parle aussi d’interopérabilité entre les Rafale et d’autres aéronefs de l‘Indian Air Force.

Alors bien sûr certains nous rétorqueront que le Rafale F4 est le fleuron français et qu’il ne faut pas le partager. Mais on peut le vendre ? Sauf que le client ne pourra jamais pleinement l’utiliser puisque chez Dassault Aviation on refuse de laisser le même client avoir accès au code source de trois parties essentielles de l’avion. Bizarre non ?

Après la gifle reçue par les Émiratis sur le financement du Rafale F5 voilà que l’avionneur français persiste dans son jusqu’au boutisme avec les Indiens cette fois. Deux excellents clients, parmi les plus importants de l’histoire du constructeur à qui aucune concession n’est permise, à qui on se cantonne de dire non comme s’il s’agissait d’enfants incapables. Sans faire de lien avec le groupe Airbus et le programme SCAF on peut aisément se demander si le constructeur français est capable de voir au-delà des strictes frontières géographiques de l’Hexagone ?

Affaire à suivre.

Photo © Armée de l’Air et de l’Espace.


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ARTICLE ÉDITÉ PAR
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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

7 réponses

  1. Seul le 1er des 3 équipements en question est sous la responsabilité de Dassault-Aviation, les 2 autres c’est Thalès.
    Donc, les discussions seraient plutôt entre les Indiens et le Team Rafale et/ou la DGA, Dassault à mon avis ne fait que le porte-parole.
    Laissons le temps aux discussions pour trouver une solution comme par ex. bien cerner les besoins indiens pour leur proposer des solutions de développement et de modifications de ces équipements sans dévoiler tous les secrets.
    De toute manière, comme j’ai déjà mentionné dans un précédent article, les Indiens n’ont aucun intérêt à développer leur version de ces équipements qui soit indépendante, en d’autres termes, qui vit sa propre vie par rapport à la version du Rafale de Dassault car ils perdraient toutes les corrections/améliorations/évolutions effectuées tout le long de la vie de ces équipements.

    1. Bonjour à tous,
      J’abonde complètement ces commentaires.
      C’est pour cela dans ce cas précis, qu’il sera nécessaire que Dassault et Thales développent les interfaces physiques et logiciels, coté Rafale, des équipements que veulent intégrer les Indiens.
      Et pour cela les Indiens doivent fournir toutes les données techniques (spécifications d’interfaçage) nécessaires au développement de ces interfaces (autrement appelé une « passerelle »).
      Il n’y a pas de raison que cela ne se fasse pas.
      Les Ukrainiens et les Français ont bien développé l’interface entre les missiles Scalp (Storm Shadow) aux appareils d’origine russe (SU 24) que possèdent les ukrainiens.

      1. Pourquoi faudrait-il forcément que ce soit les Indiens qui fournissent aux Français ? Les Indiens peuvent se débrouiller seuls, ils ont une industrie de défense. Pourquoi toujours devoir s’inféoder aux autres ?

        1. Avec tout le respect que j’ai pour vous, Arnaud.
          Je maintiens ce que je viens d’écrire, c’est aux industriels Indiens et aux Français d’échanger les informations techniques pour que les deux ensembles puissent s’échanger les données, sans que le sous-ensemble du client en l’occurrence le missile Russe ou Indien voir US ou tout autres, perturbent le fonctionnement du RBE2, du SPECTRA et du l’EMTI, et l’inverse est également vrai, les données envoyées par les équipements du Rafale ne doivent pas dégrader, perturber le matériel du client (missiles …..).
          Ce n’est pas aux indiens de modifier les logiciels des équipements du Rafale et inversement ce n’est pas à Dassault ni à Thales de modifier les logiciels des équipements Indiens.
          C’est pour cela que je parle d’une « passerelle ».

          De plus juridiquement, toute intervention dans le matériel (toutes les parties) y compris logiciels du matériel du fabricant par un utilisateur (le client) rend :
          Caduque toutes les garanties inhérentes au matériel acheté,
          Dégage de toute responsabilité du fabricant, en cas de dysfonctionnement du matériel acheté issu de modifications mécaniques, électroniques, logiciels etc. effectués par l’acheteur (l’utilisateur) sans accord du fabricant.

          Dans ma carrière professionnelle plusieurs cas identiques se sont présentés, dans tous les cas cela a été résolu par la conception d’un interface (mécanique, électrique, électronique, logiciels) entre les sous-ensembles,
          c’est pour cette raison que je parle du développement d’une passerelle (développement en commun entre le vendeur et le client).
          Bien Cordialement
          M.J.

        2. Bonjour Arnaud,

          merci encore pour votre blog

          J’aurais tendance à dire qu’ici le compromis devrait pouvoir être la définition d’une interface de lien de donnée ouverte permettant les adaptations faite par les clients; du genre le système interne de l’avion fournit donnée X,Y,Z agencé de cette manière (X; Y; Z;…c’est à dire le format, les séparateurs type tabulation virgule,…)) et reçoit ce type de donnée (X’;Z’;…). Après libre au client de faire la passerelle qui va bien pour convertir les formats et adapter toutes les armes qu’il veut sur l’avion (bon ça reste à mon avis complexe et demande pas mal de boulot, dans certains cas au moins, mais ça peut protéger le coeur de l’avions et certains savoir faire critique (plus risque de piratage si on ouvre tout) tout en laissant une flexibilité supplémentaire au client. Après libre à Dassault, la France et l’Inde de voir comment ils s’organisent (Dassault peut très bien sous traiter certaine tache à l’inde)

          ça satisfait personne complètement mais espérons qu’une solution comme celle là voit le jour

  2. C’est effectivement très délicat, mais si je ne me trompe aps ce n’est aps le genre d’information transmise de base par les avionneur; je crois que les américain ne les donnent jamais (sauf à Israel), et pas sur que pour les eurofighter ou gripen ce soit donné aussi. Après vu le client et l’ampleur du contrat, on peut en effet se poser des questions; Même pas sur que les russes donnent autant

    Peut être peut on donner le code source pour le point 1, pour donner de l’autonomie dans l’ajout de nouveaux armement. Par contre, code source du RBE2 et de SPECTRA ça m’a quand même l’air très très délicat. A voir si un compromis acceptable est possible (je crois me souvenir avoir lu quelque part, peut être sur ce blog, que les indien pourrait développer une espèce de passerelle ouverte s’interfaçant entr ele code source interne du rafale et les armements, permettant d’en ajouter de manière flexible)

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